ABOUT THE CHILD

Né en 1927 à Bruxelles, Jacques DANOIS, comme beaucoup d’hommes du nord, portait en lui la lumière et les couleurs que le climat de son pays ne lui offraient que rarement.

C’est dans les yeux des enfants tout autour du monde que ce journaliste a trouvé la petite flamme qui l’a guidé dans tous les pays où le « petit de l’homme » a été, et est toujours, victime - et uniquement victime - des folies politiques, des épidémies, des endémies et autres malheurs qui le menacent.
Jacques Danois
Grand reporter à RTL, correspondant de guerre en Algérie, en Afrique, et surtout au Vietnam dont il couvre tout le conflit américain, il rencontre l’UNICEF à Saigon. Il en devient responsable de l’information à New York, en Asie du Sud-Est et en Afrique Noire. Il y filme, écrit, raconte les problèmes de l’enfance. Après sa retraite, séduit par le travail efficace de l’AMADE Mondiale, il en devient le Secrétaire Général, puis par la suite le Vice-Président.

Il a écrit plusieurs ouvrages, dont une grande partie est consacrée à l’enfant et au Tiers-Monde : "Moisson fragile", "Passeport pour l’amitié" (préface de Peter Ustinov) chez Fayard ; "Printemps blessés", "Pourtant il ne neige pas", ou encore "Tsunami sur l'enfance - Carnet de route", aux Dossiers d’Aquitaine. Il est actuellement publié aux Editions du Jubilé (Paris). Désireux de rallier le plus grand nombre de « gens » à la cause de l’enfant, il a interviewé les personnalités les plus célèbres de ce monde, femmes et hommes politiques comme vedettes et aventuriers.

Jacques Danois s'est éteint le 20 septembre 2008.


Les chroniques de Jacques Danois
- Tsunami sur l'enfance
- AMADEs soeurs
- L'AMADE Belgique
- L'AMADE Chypre
- L'AMADE Congo
- Burundi : l'enfant et le SIDA
- Un éléphant n'est pas une machine
- Partenaires oubliés
- Bonne et sale
- Interview de Sheik Hamala SIDIBE
- Sauver un enfant
- La jeune fille africaine
- Terre des hommes, planète du diable
- Danger et confusion
- Des coeurs en concert
- Tiers Monde
- Le riz : Oryza | Grain de vie | Il y a culture et culture
- Presse africaine
- Ecole à tous vents
- Tsunamis
- Contagions
- Et l'adoption ?
- Adieu à Tintin
- L'imaginaire au service de l'enfant
- Irak : destruction massive de l'enfant
- Un livre d'homme
- Vietnam : alerte à la pédophilie
- Dompter la douleur enfantine

Tsunami sur l'enfance - Carnet de route

Des statistiques, des adresses, des initiales, des lieux, dates et heures de rendez-vous, des noms, des indications de kilométrages, envahissent les vieux carnets de route d’un reporter. J’en possède plusieurs ainsi. Certains ont des pages collées l’une à l’autre par la moisissure qui s’est glissée entre elles dans les pays du sud-est asiatique ou d’Afrique. D’autres sont quasi illisibles à cause des pluies, tempêtes et orages sous lesquels ils ont été griffonnés.

Qu’importe l’état dans lequel se trouvent ces témoins de papiers de tant d’aventures, de traversées des mers, de batailles sanglantes dans la jungle, les villes assassinées, puisque ce qui est écrit à la hâte ou avec attention sur ces feuilles ne veut plus rien dire, rien de tout cela n’est compréhensible. Ce que j’ai retenu d’une vie de « baroudeur », comme l’on dit pour avoir l’air d’un « dur », c’est tout ce que je n’ai pas noté au moment même et qui remonte à mon cœur à présent que le bout du chemin apparaît à mes yeux. Rien que des histoires vécues en parallèle des événements. Beaucoup de visages, de sourires détruits dès le début de vie des gens rencontrés.

Ce carnet de voyage est fait de leurs histoires. Ce sont eux qui m’ont habité pendant tant d’années de « grand reportage » dans leurs pays victimes le plus souvent de la folie politique des hommes, du déchaînement des éléments naturels. Ce sont de simples contes illustrant aussi bien des tragédies que des petites joies et surtout une espérance inconsciente. Mon carnet de voyage est un rendez-vous des êtres à qui je dois compassion, admiration et fraternité. C’est aussi une rencontre avec une forme d’espérance lue dans les regards des enfants du monde. Quels qu’ils soient.

Découvrez "Tsunami sur l'enfance - Carnet de route", aux Dossiers d'Aquitaine. 

 

AMADEs Sœurs


Qui sont-elles ? Que font-elles ces AMADEs qui se rassemblent régulièrement à Monaco pour faire rapport sur leurs actions et écouter leurs sœurs, réparties dans plus de 16 pays autour du monde, leur raconter l’action de l’AMADE en faveur de l’enfant ?
Que ce soit en Europe, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, c’est la modestie qui les distingue le mieux de tant d’autres organisations aimant mélanger la publicité et l’action en “roulant des mécaniques”.
Chaque AMADE a six “spécialités“, si l’on peut dire, en fonction de leur région, de leur continent, de leur pays, villes ou villages. Il est intéressant de constater que la plupart des ces AMADEs nationales donnent ce qui pourrait être nommé la méthode dite : “de l’enfant par l’enfant”. Des séminaires ont été organisés dans plusieurs pays pour former des enseignants à ce système. Il est appliqué depuis 1968, au Congo (ex-Zaïre), grâce à l’initiative de la Présidente de l’AMADE locale, Mme Janine Fierens. Des thèmes sont choisis comme “L’eau c’est la vie”. Les enfants apprennent à interprêter et à chanter le calendrier de leurs vaccins ce qui leur permet d’éduquer leurs parents. Cette stratégie éducative porte ses fruits au Congo, malgré ses conflits internes permanents, pays dont les richesses attirent toutes les convoitises internationales. De retour en Belgique, Janine Fierens a convaincu les élèves des classes de terminale de l’Ecole Internationale du SHAPE (OTAN) de s’investir et de récolter des fonds pour l’achat de matériel scolaire destinés à leurs camarades inconnus de la brousse congolaise.
A Chypre, c’est également grâce à l’éducation que la responsable de l’AMADE , Mme Olga Demetryadès, a réussi par dessus la ligne verte qui séparait les enfants grecs des enfants turcs à mettre sur pied des programmes scolaires basés sur l’union et la fraternité nationale.
Au Burundi, c’est également une femme qui développe au maximum un travail en profondeur auprès des enfants de ce pays sans cesse menacés par une guerre latente contre les hommes et le destin.
Au Cambodge, “Les écoles à tous vents” accueillent les enfants des rues, tout gourmands de savoir lire et calculer comme leurs “cousins” des quartiers plus heureux. Mme Camberti, responsable de ce programme, se tue la santé pour mener à bien ce programme peu coûteux et si efficace.
Que dire de tous les autres pays où le dévouement des femmes et hommes des AMADEs se mesurent à la quantité de cœur et de courage humain !
Aux Philippines, où notre Présidente, SAR la Princesse de Hanovre, s’est rendue personnellement pour juger la situation de l’enfant victime de l’agent orange et autres produits néfastes laissés sur place, ou répandu comme au Viet-Nam, par les troupes américaines, lors de leur passage et installation dans le Sud-Est asiatique ?
On peut faire tourner le globe terrestre sur lui-même et découvrir un peu partout des endroits où la tendresse a manqué aux petits de l’homme. Sans ostentation ni orgueil, l’AMADE essaye de compenser les manques. L’AMADE a besoin de l’aide de tous. Régulièrement, les actions des AMADEs Sœurs seront publiées sur ce site.

 

L'AMADE Belgique


Si Jean-Marie Piret a été un magistrat de renom et l'ancien secrétaire privé de Sa Majesté le Roi Baudoin, il est sûrement l'être le plus simple et le plus discret à propos des actions qu'il a initiées en Belgique à destination des enfants les plus en danger. Président de l'AMADE nationale belge, il était déjà présent au berceau de l'AMADE Mondiale dès que celle-ci a été fondée par S.A.S. la Princesse Grace il y a plus de 40 ans.

 

- Notre AMADE est partagée entre 6 comités régionaux. Cela nous permet de couvrir toute l'étendue du Royaume. Nous récoltons des fonds principalement pour les enfants malades chroniques et handicapés dont les familles ont de grandes difficultés financières. Nous leur offrons aussi des repas et des vacances.
Nous continuons aussi notre travail en collaborant au partenariat avec la fondation "Syndrome de l'enfant battu et négligé". Nous pensons ainsi, dans notre centre de la métropole d'Anvers; sensibiliser les médecins, les éducateurs, et même les policiers, magistrats et avocats, afin qu'ils réagissent de façon adéquate et efficace lorsqu'ils se trouvent face aux petites victimes de maltraitance.

Bien entendu pour recueillir les fonds nécessaires à ce travail nous organisons des concerts, nous touchons le plus de Belges possibles par-delà les frontières politiques et linguistiques qui quelquefois divisent le pays. Nous mettons sur pied des ventes de vêtements, des brocantes. En d'autres mots nous essayons de rendre les riches moins riches et les pauvres moins pauvres !

- Et ça marche ?

- Ça doit marcher.

Témoignage de Jean Wolf, Président d'honneur
de l'Association de la Presse Europe-Tiers monde Nord-Sud

"Mon épouse et moi avons participé au gala de l'AMADE 2005 avec surprise, étonnement et beaucoup d'enthousiasme. Tout avait été superbement mis au point par la présidente du comité organisateur, Madame Jacqueline Vastapane (que nous connaissons depuis une trentaine d'années), qui préside l'AMADE dans le secteur de Bruxelles avec une autorité paisible, de caractère familial, qui produit des résultats étonnants.
Sa propagande était méthodiquement mise au point, et je crois bien qu'on était presque arrivé à la nécessité de refuser du monde. La tombola a été un triomphe et les recettes doivent être plus que confortables. L'ambiance était électrisante, les mets et les vins exquis et, ce qui est le plus important, c'était la gentillesse, la ferveur de tous les volontaires, ainsi que de leur présidente, qui donnait l'impression d'être partout à la fois, "veillant au grain" et faisant littéralement tourner toute la machine, sans oublier de saluer ses innonmbrables amis au passage.
Elle-même accomplissait sa besogne avec un tel coeur qu'elle semblait évoluer dans son élément naturel. En fait, elle y était et nous savons depuis longtemps que sa générosité de coeur et d'esprit sont inépuisables. En fait, elle semble considérer l'AMADE Bruxelles comme son enfant."

 

L'AMADE Chypre


Olga Demetriades est la Présidente de l'AMADE Chypre, petit pays coupé en son coeur par la ligne verte ! D'un côté les Cypriotes d'origine grecque, de l'autre les citoyens qui se réclament de la culture et de la tradition turques. Le travail de l'AMADE Chypre se situe à ce point crucial de cette division.

- Les problèmes des enfants de ces régions sont importants ; ils sont psychologiques et économiques. Nous avons établi une école "multiculturelle", où se retrouvent aussi les enfants de travailleurs venant des Philippines, d'Albanie, de Serbie, de réfugiés également. Nous les faisons sortir des quartiers misérables où ils habitent. Nous essayons de parler et de convaincre les parents d'apporter une plus grande attention à l'éducation de leurs petits.
Bien souvent l'alcoolisme et une forme de désespoir social les empêchent de nous écouter ou de suivre les conseils.
C'est pouquoi l'AMADE a engagé des psycholoques, qui puissent aussi combattre la montée de la délinquance chez les enfants. Nous avons aussi des enseignants pour aider les élèves qui souffrent de "déficiences d'attention". Nous organisons des rencontres avec des pédo-psychiatres de tous les pays d'Europe pour approfondir les solutions.
Nous avons ouvert ces programmes à d'autres écoles. Nous faisons un travail de pionnier. Il est soutenu financièrement par notre gouvernement.

Trois fois par semaine Olga Demetriades passe la ligne verte pour se rendre dans la zone turque de l'île. Là, avec une association locale, elle fait un travail de "rencontre" entre les enfants des deux communautés afin de permettre à la génération qui vient de se comprendre et de vivre ensemble en tant que Cypriotes à part entière. Cela porte ses fruits car une aide aux familles russes de l'école de Breslan a été apportée par les jeunes des deux communautés, unies dans la compassion pour d'autres enfants comme eux, dans un autre pays. Signe d'ouverture aux "autres"...
Olga fait tout cela seule. Ciel merci, elle est d'une énergie féroce. Elle sait aussi toute l'amitié que lui portent toutes les autres AMADEs autour du monde.

 

L'AMADE Congo


Mme Janine Fierens, Présidente de l’AMADE Congo, se sent frustrée depuis de nombreuses années. Ses frères et sœurs sont nés sur la terre africaine, mais elle ne s’y est installée qu’à l’âge de trois semaines ! C’est sans doute pour conjurer ce sort, qu’elle estime injuste et regrettable, qu’elle n’hésite pas à bondir dans les avions militaires et sur n’importe quel véhicule pour circuler sur les pistes de brousse de son pays "presque natal". Pourquoi s’aventurer ainsi dans un pays déchiré par les conflits internes et externes, souffrant de tant de problèmes économiques et de santé ?

- Pour moi, c’est une histoire d’amour, dit-elle. Cette histoire commence par des programmes à destination de l’enfant congolais. Sa nutrition, sa santé et son éducation se trouvent au premier rang de nos préoccupations. Nous travaillons dans les régions accessibles avec des collaborateurs locaux dont nous sommes absolument certains de leur sérieux, de leur honnêteté et de leur courage. Ce qui fonctionne le mieux ce sont nos programmes Katangais : à Lubumbashi, deuxième ville du Congo, l’AMADE a commencé à établir depuis un an une campagne de réhabilitation pour petits enfants souffrant de malnutrition sévère. Nous avons mis sur pied la construction et les activités de vingt écoles dans les régions de brousse et treize centres de santé.

Plus de 200.000 habitants se trouvent dans ces régions difficiles d’accès où règnent souvent des épidémies de maladies tropicales variées, mortelles pour la plupart. Nous avons apporté du matériel scolaire et rénové les systèmes sanitaires, latrins, etc… Cette opération a eu un effet multiplicateur. Par exemple, la Banque mondiale a financé la construction d’une trentaire de centres à l’exemple de notre programme d’assainissement.
Nous avons eu l’aide d’un grand industriel de l’endroit qui a reconstruit quatre pontons qui permettent à présent d’apporter du matériel de construction par camions entiers dans les villages enclavés du nord de Kandal. Les paysans et les pêcheurs peuvent à présent circuler et vendre leurs récoltes et le produit de leur pêche sans encombre. Et surtout les médecins et les infirmiers peuvent aller et venir suivant les urgences, pour soigner les enfants.
A Kinshasa on nous a offert un terrain pour que, malgré les problèmes que l’on rencontre sans arrêt dans la capitale, l’AMADE puisse construire une école adaptée aux enfants de la rue.
Nous prévoyons aussi, avec d’éminents Congolais convaincus de l’importance de l’avenir de l’enfant dans leur pays, de travailler à de nouveaux projets dans les provinces de l’Equateur.

 

- Certains de vos amis disent que vous avez la peau blanche et…

- … et le coeur couleur de l’Afrique. C’est vrai. Je repars d’ailleurs en brousse dans les temps qui viennent pour continuer cette aventure du cœur dans la réalité.

 

Burundi : l'enfant et le SIDA


Madame Spes NIHANGAZA est la Présidente de l’AMADE Burundi. Son action dans ce pays, déchiré par des conflits internes et une guerre latente qui se répandent dans la région des grands lacs à l’est du Congo, classifiée parmi les plus pauvres du monde, est comparable à un travail de fourmi. Elle reste fidèle à l’un des principes de l’AMADE Mondiale : "modeste pour être efficace". Aussi la joie de Mme NIHANGAZA a été grande lorsqu’il y a quelques semaines, le Président de la République de son pays, accompagné de son épouse, sont venus au siège de l’Association des Amis de l’Enfance pour lancer la campagne globale sur l’enfant et le SIDA.

- C’était un grand évènement, dit Mme NIHANGAZA. Ils étaient tous ici : les membres du gouvernement, les autorités onusiennes en poste à Bujumbara et tous les ambassadeurs, y compris celui de France. L’objectif de cette campagne est d’informer comme de sensibiliser le pays à propos des enfants affectés et infectés par le virus de cette terrible maladie, qui tue tant de petits Burundais.
Il faut que les gens d’ici comprennent le problème de cete maladie et qu’ils s’engagent à le résoudre. Parmi les discours prononcés les plus importants, ont été ceux des enfants. Ils ont parlé, chanté et joué des saynètes illustrant de manière non seulement émouvante mais aussi très informative les situations dans lesquelles ils vivent. C’était bien le jour où les enfants pouvaient s’exprimer sans peur ni honte.
C’était l’occasion pour l’UNICEF, représentée ce jour-là par Mme Catherine Mbengué, de donner un message d’espoir pour que ces enfants puissent vivre mieux puisqu’ils seront aidés par la communauté. Cela a été une bonne opportunité pour l’AMADE de demander l’implication des pouvoirs publics du Burundi afin de protéger les droits de ces petits contaminés : droit à une intégration plus complète dans la famille car certaines d’entre elles refusent d’accueillir les orphelins chez elles, même s’ils sont neveux, nièces, cousins ou cousines. La population n’est pas bien informée ; elle craint des contagions et quelquefois ne voit pas pourquoi il faut s’occuper d’enfants sans avenir. "Ça ne vaut pas la peine", disent quelques-uns.

 

- Qu’ont dit les enfants pour convaincre les adultes quelquefois si distants de venir en aide à l’enfance pauvre et souffrante ?
- Ils ont chanté : "faites-nous l’honneur de nous éduquer, car c’est nous qui serons à votre place demain et qui devrons éduquer ceux qui nous suivront". D’autres ont dit dans leurs interventions : "nous sommes stigmatisés par nos proches, qui devraient nous montrer le plus d’amour. Mais ils nous montrent du doigt et refusent de nous accueillir". Dans une saynète, ils ont montré un oncle qui vient soi-disant pour s’occuper des enfants après la mort de leurs parents à cause du SIDA, mais qui commence par vendre les biens de la famille. Quand les enfants protestent, l’oncle les met à la porte de leur propre maison, qu’il s’approprie par la suite.

- Que va faire l’AMADE Burundi sur le plan pratique ?
- Nous entreprenons beaucoup d’actions d’information médiatique et directe, par le "bouche-à-oreille". Nous allons éduquer les éducateurs dans les écoles, et informer aussi les enfants pour qu’ils ne refusent plus de jouer et d’apprendre avec les petits infectés par le VIH. Nous avons dit à l’UNICEF que leur aide ne doit pas être faite de mots ; nous voulons des services et des aides concrets pour les enfants.
Je viens de signer une demande de médicaments, de la Bactrim, destinés à prévenir les maladies opportunistes chez les enfants affectés, ceci pour formaliser l’accord de principe de Mme Mbengué. En plus de cette manifestation nous avons continué le travail au centre AMADE de Bururi : nous y avons à présent un médecin et nous espérons la venue d’assistantes sociales.

 


Danger et confusion

Il parait qu’une tribu de nomades africains, émus par le sort des enfants européens maltraités dans des milieux aisés d’Europe, a le projet d’exfiltrer ces petites victimes de la vie moderne et mécanique pour les emmener sur les rives du Niger afin de leur offrir la bonté du soleil, la liberté du grand air et la richesse que représente la fraternité familiale africaine !
Cela part d’un bon sentiment, bien sûr, mais ce n’est pas réalisable pour les raisons qu’on imagine facilement.
- Il faut empêcher cela, c’est insensé, dit-on en Europe.
Et pourtant, certains se sont étonnés sinon scandalisés, que les membres d’une association française ayant essayé de réaliser la même folle aventure en voulant déporter des enfants d’Afrique vers la France, soient arrêtés dans leur délire ! Mais il est sans doute temps de ne plus évoquer cette lamentable histoire et ses protagonistes, ne serait-ce que pour ne pas en faire des vedettes de l’actualité dite « people ».
Il faut revenir aux choses sérieuses et réfléchir sur ce que sont devenues les raisons premières ayant nécessité l’aide humanitaire et la création de tant d’organisations caritatives et d’aide au développement pour le Tiers-Monde.
Assez étrangement, quelques jours avant que n’éclate le scandale de "l’Arche de Zoé", Jacques Danois, Vice-président de l’Amade Mondiale, a publié un article intitulé "L’humanitaire et l’humanité", dans la très estimée Revue Générale de Belgique.
Madame France Bastia, rédacteur en chef de cette importante publication, nous a autorisés à le reproduire ici.

L'humanitaire et l'humanité

Des coeurs en concert

Si l'élite belge s'est réunie en la présence de SAR la Princesse Astrid de Belgique au centre Wolubilis de Woluwe-Saint-Lambert, une des communes les plus actives de l'agglomération bruxelloise, ce n'était pas seulement pour écouter les interprétations magistrales de Schubert, Lekeu, Ives et Beethoven par Andrew Hardy, violoniste, et Uriel Tsachor, pianiste. Non, la raison était encore plus profonde et significative, et dépassait l'amour de la musique.

Rien qu'en lisant le programme de la soirée, illustrée par une reproduction d'un tableau africain de Régine Thiange, on pouvait découvrir le texte généreux que la Présidente de l'AMADE Mondiale, SAR la Princesse de Hanovre, avait tenu à offrir aux invités de cette soirée organisée par l'ASBL "Les XXI", à l'AMADE Congo et à sa Présidente, Madame Janine Fierens.

Derrière les toilettes soignées de l'assistance brillait la lumière généreuse de milliers de regards d'enfants congolais, ceux qui vivent dans le danger, la maladie, la pauvreté et l'incertitude. Ils ont été présents à chaque seconde de cette soirée de gala qui voulait unir l'art et la compassion.

"Regarder le monde par-dessus l'épaule de l'artiste", dit le Docteur Yves Jacques, co-organisateur de la réunion. N'est-ce pas le même thème que Jacques Danois, Vice-Président de l'AMADE Mondiale, a souligné dans son discours d'ouverture.

 

Tiers Monde

Article paru dans la "Revue Générale belge" - Février 2006 - Lire

 

Le riz

Pour qu'un enfant vive il faut qu'il soit bien nourri. Mieux, on devrait dire bien nutrit. Pour que des aliments de valeur riche en tous éléments nutritifs valables lui soient donnés dès après la période d'alimentation maternelle, il faut que la région du monde où il vit soit assez forte pour lui offrir une nourriture de base qui doit aider la nature à construire solidement son corps.
L'Asie du Sud-Est a quasiment toujours fait confiance à ses riziès pour qu'y pousse la plante qui va permettre et a déjà permis depuis des siècles à des populations pauvres de lutter contre la famine et la malnutrition.
Qu'est-ce que le riz ? Dans les écoles occidentales, les enseignants parlent aux enfants qui leur sont confiés de la valeur du pain, de l'importance de "gagner son pain"... Voici, de l'autre côté du globe, l'histoire d'Oryza, ce petit grain de riz sans lequel ni l'enfant ni sa famille ne pourraient vivre. Cette histoire n'a pas à y être apprise, elle fait partie intégrante de la vie quotidienne.

Oryza

Quelques grains restent solidement collés au fond des casseroles. Si Madame Dubois, Dufour, Dupont ou Durand ne le enlèvent pas immédiatement avec les reliefs du repas, ils deviennent durs comme de la pierre. Si elles rincent la vaisselle, ils s'engagent dans la bouche d'égoût de leurs éviers de cuisine et les bloquent. D'un geste presque dégoûté, ces dames essuient donc rapidement tous les récipients ayant accueilli l'oryza, le grain de la rizière. En quelques secondes la poubelle, les mouches et le triste chemin de la pourriture seront le destin de quelques poignées de riz négligées par des appétits bien assouvis.
Les fins de repas parfumées par l'odeur du café ne laissent donc pas toujours le temps de digérer à l'aise aux mères et grands-mères ayant régalé enfants et petits-enfants d'un rizotto ou d'une paëlla.

Près des hangars et des camions où l'on charge des sacs gorgés de grains blancs, des petites filles et garçons attendent. A chaque dépôt sur le sol ou sur le plancher de métal d'un véhicule, quelques grains s'échappent des ballots de riz frappés du sigle de l'une ou de l'autre organisation humanitaire. Les enfants se lancent alors, se bousculent même pour ramasser cette manne. Certains la balaient de la main vers une feuille de bananier tenant lieu de "ramassette". D'autres les prennent délicatement, un par un, de leurs petits doigts, pour les déposer sur un vieux papier ou sur un déchet de sac plastique. Ce soir ils auront ainsi recueilli quelques kilos de grains qui, autrement, auraient fait l'ordinaire des rats, mulots et autres rongeurs qui envahissent les camps de réfugiés à peine quelques heures après leur installation.

"Sous le choc du pilon souffre le grain de riz. Mais l'épreuve passée, admirez sa blancheur. Pareils sont les humains dans le monde où l'on vit. Pour être un homme, il faut le pilon du malheur."
Ainsi parle le poète vietnamien Nguyen Ai Quoc, plus connu sous le nom de Ho Chi Minh.
Pourquoi le citer lui, plutôt qu'un poète du Brésil, de la Camargue, du Piémont, d'Afrique ou des Etats-Unis ; toutes régions où se cultive cette graminée dont le nom de base est : oryza sativa. On peut ajouter que le riz possède un patronyme plus ancien encore : le zizania, le riz sauvage, déja connu dans la préhistoire et encore utilisé par certains tribus indiennes du Canada.

Pourquoi tout ramener à l'Asie ?
Parce qu'il suffit de lire la définition du riz : plante asiatique qui a besoin de chaleur et d'eau, le riz est la céréale nourricière de l'Asie chaude et humide. On peut également le semer à la volée et non dans des terrains inondés comme le font les tribus montagnardes d'Indochine, mais on obtient alors un produit de pauvre qualité. Le riz est la plus exigeante des plantes, en eau mais également en travail.
Et alors ? Seuls les asiatiques seraient-ils assez courageux pour la cultiver ? Non, bien sûr, mais ils sont plus de deux milliards à en consommer.
Les statiitiques sont une matière en mouvement permanent. La production, l'importation, l'exportation et la consommation du riz varient et augmentent constamment. Le nombre des producteurs, des marchands et des acheteurs fluctuent aussi suivant le développement des méthodes de culture industrielle. Dans les pays producteurs de riz, seule l'Asie, toujours elle, continue, à part le Japon, à laisser des paysans suivre le buffle dans les sillons humides de la rizière traditionnelle. Pourquoi citer avant tout le champ de riz vietnamien ? Sans doute parce qu'il est le plus symbolique de la peine, de l'échec et du succès du riz, ou plutôt de la civilisation du riz.

Nguyen Hu Trong ne laisse pas flotter sa pensée entre deux gestes ; celui de Madame Dupont qui jette son riz superflu ou celui des petits Khmers qui guettent la moindre parcelle de paddy pour la ramasser de leurs doigts habiles. Non, sa seule préoccupation consiste à mener à bien la moisson de cette moitié de l'année. Il faut que sa production soit importante. Non pas dans le but de l'exporter, car la quasi totalité de son grain une fois venu à terme sera consommée dans son pays. Mais Nguyen Ho Trong sait que comme chaque année, les cyclones de la moisson prendront leur part de la récolte en détruisant grand nombre de rizières tonkinoises et leurs greniers à riz.
Quelque soit le destin de son riz, il lui faut aller de l'avant et suivre les règles immuables de la riziculture paysanne. Ce sont des lois établies par expérience vécue depuis l'an 42 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire depuis le moment où les Vietnamiens sous l'occupation féodale chinoise des Han abandonnèrent le défrichage par brulis pour passer au labourage. Moment où le bronze cède la place au fer, permettant l'emploi d'instruments aratoires encore employés de nos jours par certains riziculteurs.

C'est l'époque à laquelle de nombreuses réformes sociales et économiques sont entreprises par le pouvoir chinois occupant l'Annam. L'Etat devient seul propriétaire du sol. On institue un contrôle les prix et on procède à la frappe d'une nouvelle monnaie. Ce que l'on peut noter, à cette date, comme évènement dans le restant du monde, c'est l'annexion de la Judée par Rome et ses légions.
Depuis ce lointain passé, les ancêtres de Nguyen Hu Trong se penchent sur la terre détrempée en lui offrant le riz. Comme eux, il regarde dans les yeux son champ d'eau subhorizontal dans lequel il investit sa vie, celle de sa famille et de ses biens matériels et animaux.

"Dans la rizière haute et dans la rizière basse, le mari herse, la femme repique, le buffle laboure. O mon buffle, écoute ce que je dis, mon buffle. Mon buffle ira à la rizière, mon buffle labourera avec moi. Labourer et repiquer, c'est le métier des laboureurs, mais toi le buffle, qui de nous plaint ta peine ?".
Le laboureur vietnamien occupe le second rang dans les quatre classes de la population vietnamienne. On cite en permier lieu les lettres, en second les laboureurs, en troisième place les artisans, et quatrième, non loin du mépris, les marchands. C'est la civilisation agricole de la Chine du sud, le rôle du buffle, les digues et le transport par voie d'eau qui servent de modèle tant dans la technique que dans le rituel religieux ainsi que dans les conceptions juridiques.

Pourquoi le laboureur, c'est-à-dire le planteur de riz, est-il placé si haut sur l'échelle des valeurs sociales, humaines et économiques ? Sans doute parce que son travail quotidien est, au Vietnam, considéré comme une science et que tout, dans la culture du riz, reflète l'organisation de la hiérarchie des sociétés.
La civilisation du riz prend une forme de plus en plus ciselée pour s'épanouir définitivement dans les régions dominées par la Chine, dont le Vietnam, à peu près deux siècles après la naissance de Kong Fou-Tzeu, que des barbares au long nez appellent vulgairement Confucius. Grâce à lui, le désir d'ordre et de rigueur dans les palais mandarinaux, dans les temples de la littérature comme dans l'art de planter le riz. C'est dans la rizière, là où le mariage de l'eau et de la terre donne naissance à la nourriture du peuple aussi bien que des érudits et des princes, que la règle reste immuable.
"C'est l'eau qui décide ce qu'il est bon d'y tremper", dit Kon Fou-Tzeu, pourtant plus préoccupé par la culture de la vertu que par celle de l'oryza. "Si sa qualité est heureuse on y plonge la bonne semence, les précieux cordonnets de soie, mais si elle est mauvaise, on s'y lave les pieds", assurait le Maitre des Sages.

Pour le paysan comme Nguyen Hu Trong, les gestes de la vie sont tout aussi sophistiqués que les textes de Kon Fou-Tzeu. Plus compliqués aussi peut-être car tout dépend des décisions qu'il va prendre dès le début de sa production.

Il y a plus de deux mille variétés et sous-variétés de riz rien qu'en Annam. Mais trois sous-espèces sont fondamentales.
1) le riz dur : oryza sativa Lin var dura.
2) le riz gluant : oryza sativa Lin var glutinosa.
3) le riz folttant : oryza sativa Lin var fluitans, dont la tige s'allonge jusqu'à cinq ou six mètres en même temps que la montée de la crue d'inondation.
Pour les semailles, le riz de semence enfermé dans un panier est exposé un jour à l'eau et trois jours à l'air. Il est ensuite semé très serré sur la boue détrempée et fumée où il ne tarde pas à former un gazon très dense et très vert.
Pour labourer le laboureur n'attelle souvent qu'un seul buffle à sa charrue. Il défonce le sol sans tracer de sillon véritablement rectiligne. Ce sol est quelquefois recouvert de soixante à quatre-vingt centimètres d'eau.
Pour le hersage on draine le terrain après le labourage et les mottes de terre détrempées sont pulvérisées à la herse tractàe par le buffle tandis que le paysan pèse de son poids sur l'instrument.
Viennent ensuite la déplantation et le repiquage. Un mois environ après les semailles, on arrache les jeunes plantes des pépinières, on coupe l'extrémité supérieure des tiges et on les dispose en petites bottes uniformes que l'on lie. L'opération de repiquage se fait à la main par touffes de tiges enfoncées d'un seul coup dans la vase molle en les espaçant de quinze à vingt centimètres. L'irrigation dépend du terrain et de la construction des diguettes. Vient alors la moisson. C'est le rythme des pluies qui décide de sa date.

On peut encore parler du battage du riz, de son décorticage, de son blanchissage, des façons de le cuire à l'eau ou, pour le riz gluant, à la vapeur. Il y a l'utilisation du grain sous formes diverses, poudres et pâtes ; sa dégustation en grains bouillis ou cuits, frits aussi, en crêpes, en beignets, en support de plats composés, en dessert et gateaux. Il ne faut pas oublier l'emploi de sa paille et de son tressage.
Oui, il y a une civilisation du riz. Elle est basée sur un travail épuisant, un engagement de vie complet. Cette civilisation permet, malgré toute peine, à Nguyen Hu Trong de connaitre un sentiment proche de l'harmonie céleste lorsque, après le dernier jour de récolte, il passe sous le portique du mur de briques qui entoure son village et que, entouré de sa famille, il soulève son bol de riz agrémenté de crevettes ou de pelures de viande, symbole de volonté, de stoïcisme et de réussite finale : trois éléments familiers aux Vietnamiens.

 

Grain de vie

Les grands ou petits voyageurs se rendant en Asie évoquent, parlent, écrivent ou racontent leur surprise, leur joie, leur satisfaction d'avoir visité des temples, pagodes, wats et autres lieux de culte, qu'ils soient consacrés au bouddhisme, confucéisme, hindouïsme ou même animisme. La plupart de nos Marco Polo modernes ne citent que très rarement le plus important des temples asiatiques, celui qu'on ne peut éviter du haut de la Chine jusqu'aux deltas de l'Indochine et aux plaines de la Malaisie, de l'Indonésie, des Philippines et du Japon. Quel est-il ? La rizière.

La rizière est bien plus qu'un champ de riz. C'est le berceau des sociétés, des familles et des civilisations de l'Asie. Avant toutes choses le riz se cultive avec respect. On peut se demander pourquoi des paysans souvent misérables dévouent tant de labeur à une graminée céréalière dont la culture est aussi sophistiquée. Elle représente une véritable lutte contre la terre, l'eau, le soleil et le cultivateur lui-même.
Il faut semer la graine initiale. Attendre la montée de ses semis vert tendre, les séparer en milliers de touffes de tailles égales. Pendant ce temps il faut préparer la rizière en suivant la charrue tirée par le buffle, il faut passer plusieurs heures par jour à marcher dans une boue collante et profonde. Ensuite il faut repiquer les semis en ligne le long des sillons inondés. Une série de travaux pénibles qui n'est jamais protégée de l'ardeur de l'astre solaire, du vent ni des insectes.

Fatigues extrêmes, malaria, fièvre hémorragique, dengue, méningite, déformation musculaire et osseuse, sont les compagnons de travail des cultivateurs de riz. Que dire de la récolte ? Chaque gerbe est coupée à ras du sol à l'aide d'une courte serpe. Ce geste oblige encore une fois le Chinois, le Vietnamien, le Birman, le Laotien, le Thai, le Khmer et le Malais à ne pas ménager sa colonne vertébrale. Cette longue liste de contraintes fait de l'homme l'esclave du riz. Elle pourrait être allongée et diversifiée car chaque sorte de riz demande des soins particuliers.
Le riz gluant exige du cultivateur des précautions additionnelles. Seul le riz flottant aide l'être humain à le cultiver puisqu'il allonge sa tige en fonction de la hauteur de l'inondation de sa rizière, ce qui évite la noyade ou le pourrissement de tonnes de riz lors des crues des fleuves, rivières et ruisseaux.
Le riz est la vie, pourrait-on dire d'une manière toute banale. En langue vietnamienne, repas se dit : Hang com (manger riz). En thaï, on dit : khin kao, qui signifie la même chose. La routine fait que des raccourcis sont adoptés et que, finalement, repas se dit simplement : riz.

 

Il y a culture et culture

Le soir les vieillards barbichus se promènent sur la diguette qui sépare la rizière en carrés ou en rectangles, suivis des jeunes enfants du village. La rizière est l'école de la vie. C'est dans son cadre de terre, de paille et d'eau que les petits enfants reçoivent leur leçon de choses de la bouche des Anciens. Dans nos pays septentrionaux, il n'est pas rare, le dimanche après-midi, d'apercevoir des paysans quelque peu gênés dans leurs habits de ville, revêtus pour un repas de mariage ou d'anniversaire, en train de regarder leur champ de navets, leurs vignes ou leurs rangées d'endives ou de patates. Ils se tiennent à distance respectueuse de leur terre, et semblement lui demander pardon de l'avoir abandonnée le temps d'une messe ou d'une visite familiale.
Il en est de même en Asie. Durant le court crépuscule équatorial, le planteur de riz s'accroupit près de son buffle et regarde son riz à hauteur de ses pousses. Prie-t-il ou lui dit-il simplement à demain ? Lui confie-t-il ses ennuis, ses deuils ou ses espérances, comme on le ferait au plus respectable des membres de la famille ?

Lorsque les Vietnamiens sont descendus de Chine il y a quelques dizaines de siècles, l'Indochine était habitée par ceux que l'on appelle aujourd'hui les tribus montagnardes ou minorités ethniques. Les Vietnamiens leur ont dit : nous allons partager ce pays en deux ; vous aurez tout ce qui se trouve au-dessus des nuages et nous posséderons ce qui se trouve en dessous.
Les braves montagnards ne pouvaient qu'obéir à cette ferme proposition. Ils sont montés sur les hauts plateaux en emportant leurs enfants, leurs gongs, leurs arbalètes, leurs traditions millénaires, mais par leurs rizières.

Alors, comme ils ne se nourrissaient que de riz, ils ont fait ce qui semble impossible : cultiver du riz à flanc de coteaux. On a vu des représentants de diverses tribus de montagnards d'Indochine être élus députés ou officiers de l'administration à Saïgon, Hanoï, Pnomh Penh ou Vientiane, et rentrer chez eux chaque fin de semaine uniquement pour retrouver la chaleur clanique de leurs rizières.

Les gestes de femmes qui bluttent le grain, sa retombée sur les plateaux tressés, les coups de vent qui s'empoussièrent de paille, sont autant de mouvements gracieux qui indiquent combien le riz est au centre de la vie rurale des asiatiques. La vente de grains sélectionnés, parfumés et baptisés de noms choisis, ainsi que le commerce de "rice cookers" (casseroles automatiques), montrent que le riz est également matière incontournable sur tous les marchés ou supermarchés d'Extrême-Orient, que ce soit à Hong-Kong, Tokyo ou Taipoi.

 

Presse Africaine


Il est comme le poisson rouge, il lui faut son eau et son bocal, partout avec lui ! Qui ? L'homme blanc. Missionaire, expert en développement, colon, touriste ou représentant de commerce, il nage dans ses religions, ses codes civils et militaires, ses programmes de coopération, ses projets-pilotes, sa technologie, ses clichés et idées reçues et surtout, ses critères cartésiens. De l'intérieur de son aquarium on le voit, mais lui ne peut apparemment rien aperçevoir d'où il est. Malgré cela, il faut qu'on le suive. D'ailleurs il apporte tout et ne fait pas confiance aux "locaux". C'est ainsi qu'il a importé "sa presse" en Afrique francophone.
Après s'en être servi à usage interne pour ses compagnons pendant la période coloniale, il a voulu l'investir dans les sociétés artificielles urbaines qu'il a créées sous le ciel africain afin de lui garantir le suivi de son action paternaliste. Il n'a tenu aucunement compte du fait que l'africain était un communicateur-né, possesseur de ses moyens propres et plutôt paralysé par la technologie moderne. Le résultat apparaît sous forme de questions : pourquoi les africains essaient-ils de copier maladroitement une mauvaise presse qui va à la dérive en Europe et aux Etats-Unis ? Sans doute parce qu'on ne leur a pas laissé le choix. Comme toujours, ils ont dû faire de leur mieux avec ce que l'on a bien voulu leur concéder.Ils ont joué le jeu des pays industrialisés. Dès les premières bourrasques semblant secouer les cocotiers de la démocratie, la presse, entendez les journalistes de radio, de télé comme de publications écrites, se sont présentés en première ligne pour indiquer la piste à suivre.
Interviewé â ce sujet, Philippe De Craene, ancien journaliste au “Monde” et grand témoin de l'évolution du journalisme en Afrique, signale l'importance autrefois accordée aux sports et aux faits-divers qui ont longtemps occulté les événements politiques. Ils n'apparaissaient que par la relation d'extraits de discours officiels ou de congrès organisés par "le parti". Aujourd'hui, feuilles et émissions diverses traitent principalement de sujets d'interêt national. Cette explosion de production de nouveaux "journaux" a provoqué une plus grande indépendance du lectorat
africain qui abandonne les publications et émissions radiophoniques venant de l'extérieur. La vente de journaux français et de faux magazines africians, produits en France par des journalistes-hommes d'affaire d'Afrique du Nord, embués de snobisme et
de politique de couloirs parisiens, commence à diminuer.
Trois chemins sont tracés devant ce qui pourrait devenir enfin : la communication en Afrique. Tout d'abord, la reprise en main de l'expression journalistique par les pouvoirs grâce à la menace et surtout, à l'auto-censure. Ensuite, la libération de la presse et sa redoutable commercialisation à outrance. Enfin, il y a la consolidation de "la presse utile", celle désirée à toutes forces, par les jeunes journalistes. “Nous ne sommes pas des gens de presse comme les autres, dit Brigitte Obrou, productrice d'émissions sociales à la Radio ivoirienne, nous sommes des instruments pour le développement de nos pays.”
Hervé Bourges, actuel Président d'Antenne 2 et de FR3 a formé des dizaines de ces nouveaux communicateurs
- En Afrique, dit-il, le journaliste doit être davantage formé qu'ailleurs, dans la mesure où sa tâche est plus difficile. Il lui faut un talent professionnel qui lui permette de traduire dans les termes adéquats, une explication du monde. Il n'est ni une bête ni une pierre, il réagit suivant sa culture et sa sensibilité. Il est vrai que certains modèles d'information et de communication occidentaux sont purement et simplement importés. C'est assez grave.
Dans un petit pays, le Burundi, sujet à une série de problèmes particuliers, dont celui de posséder une population "non villagisée" (chaque famille vivant sur sa colline ou dans sa bananeraie, avant de se confondre à cause de l'exode rural,dans les quartiers multi-éthniques de la capitale.), un jeune communi- cateur africain, le regretté Côsme Nlikaza, avait, sur la question, une vue expérimentée.
Les composantes de notre société africaine sont dominées par des paysanneries. En Europe occidentale, les media se sont développés dans des milieux urbains, une majorité du public étant composée d'ouvriers tandis que chez nous, nous travaillons dans un milieu essentiellement paysan avec, comme dominante, l'oralité au lieu de l'écriture et de limage. En Afrique, il y a la communication à deux degrés ; dans la mesure où celui qui possède un poste radio et qui entend on communiqué le répercute dans son milieu ; la nouvelle est vite répandue, qu’elle soit bonne ou mauvaise, sans qu'il y ait exploitation systématique organisée. Il s'agit de la communication à plusieurs degrés,de bouche à oreille. Même si le tam-tam n'est plus battu aussi souvent, il n'a pas disparu. Il faut à présent trouver la combinaison, l'exploitation positive de cette communication automatique et efficace. L'aide pratique venant d'Occident peut, bien entendu, rassurer la presse africaine sur ses nouvelles bases démocratiques, mais le respect de la façon de faire est primordial. Les clichés vides et froids à la Mac Luan tels que “Le media est le message” est en contradiction non seulement avec le message de secours que la presse veut faire passer à son auditoire, mais avec toute pensée professionnelle jourmalistique ; l'audience africaine veut être séduite et mon agressée. Le conteur populaire sous son baobab devant un micro-stéréo-dernier-cri, le sait. Il parlera toujours, simplement, mais un peu plus souvent, si le matériel tombe en panne ou si l'électricité s'évanouit au cours d'un "délestage routinier" dans le soir africain. Dégagée des impé-ratifs méprisants, venant d'outre-mer, la presse africaine va naître et jouera un rôle bénéfique et utile à ceux qui la recevront comme à ceux qui veulent l'offrir en toute fraternité depuis quarante ans.

 

Ecole à tous vents


- Regardez, le toit de notre école a été mangé par les mites.
- Vous voulez dire les termites ?
- Oui, oui, les mites.
Pauline éclate de rire. Au Vietnam, il est toujours bon de cacher le plus petit des embarras sous un sourire même s'il n'est qu'une cicatrice.
- Ici dans ce quartier de Saïgon, je veux dire d'Ho Chi Minhville, nous recevons les enfants les plus pauvres de la cité, ceux qui travaillent et dorment dans les rues. Les enfants des mendiants, des marchands ambulants, des réparateurs de vélos et ceux des filles de joie. A la façon dont Pauline dit joie, on devine qu'elle pense tristesse. Pour cette bonne sœur vietnamienne, la joie, c'est la fierté de ses élèves venant montrer leurs bulletins et leurs devoirs.
- Ils ont tous des 9 ou des 10 sur 10, regardez, ils vous montrent tous les pages notées par le maître. Ce dernier est assis sur un petit tabouret au même niveau que ses élèves, il ressemble à un jeune scribe sortant d'une peinture de Mai Thu.
- Tous ces enfants de la rue veulent devenir des lettrés. Inconsciemment, ils savent que c'est la seule façon de sortir de leur misère, ils voient leurs parents sans éducation et ils vivent les conséquences de l'ignorance et de l'analphabétisme. Nous avons des enfants de six et de seize ans dans la même classe. Leurs parents aussi désirent qu'ils soient instruits. Beaucoup d'entre eux pratiquent le vol et la prostitution, mais leurs intentions sont honnêtes et pures vis à vis de leur progéniture, ils apprécient l'éducation que nous leur offrons. Pourtant, nous sommes sévères, les garçons se battent, certains nous ont frappées, des filles imitent leur mère prostituée, ici même, à l'école, alors nous parlons avec nos élèves et ils nous donnent leur confiance. Ils nous disent tout sur leur vie, les choses les plus "délicatesse" comme les problèmes de famille, d'abandon, de pauvreté. Nous vivons en bonne entente et nous nous “respectons bien”. Pauline prend des raccourcis avec le français qui n'ont d'égal que ceux pris par son dévouement.
- Notre école est ouverte de six à onze heure du matin ; à dix heure et demie, ils reçoivent un repas complet, nous leur procurons deux uniformes par an, un séjour dans notre colonie de vacances de Vung Tau (Cap Saint Jacques) en fin d'année, tout cela, gratuitement, bien sûr. Au début, ils ne venaient que pour les avantages puis ils ont admis et compris le rèqlement
de l’écoIe, ils se sont plongés dans le travail. Les pauvres gens ont toujours espoir de mieux vivre.
Il faut les aider dans cette voie. Certains parents aimeraient bien garder les aînés dans leur baraque pour les aider. Le rôle de ces petits est de ramasser les vieux papiers dans les poubelles, de récupérer les emballages plastiques pour les revendre, d'autres, portent des légumes au marché. Venant ici d'abord, pendant quelques jours, les jeunes prennent vite goût à l'étude et acceptent nos règles de conduite. Même les cadres du gouvernement voudraient que leurs enfants soient élevés comme nos élèves des quartiers pauvres. Nous les suivons de près. Regardez ce tableau, il y est inscrit de ne pas cracher. - Ma sœur, savez-vous que le Président Mao Tsé Toung avait, lui aussi, interdit aux chinois de cracher par terre ?
- Oui, Monsieur, il avait raison car ce n'est pas bon pour la santé.
La logique de la sœur Pauline, comme celle de tous les enseignants qui propagent l’alphabétisme auprès des enfants en perdition dans les rues des centres urbains du Vietnam et du Cambodge est simple, toute simple. Etonnant, diront ceux qui en plaisantant affirment qu’en Indochine “le fil à plomb fait un coude”.
Cette simplicité est due au désir de l’AMADE Mondiale qui met en œuvre des projets basés sur l’efficacité qui naît de… la simplicité.

 

 

Tsunamis


La colère de la mer dont un tremblement de terre a déchiré le sol marin, a tué, dévasté et jeté dans le désespoir des centaines de milliers d’êtres humains. Parmi eux, tant d’enfants…
Inutile de décrire les scènes de cette catastrophe. Tous, nous avons été témoins grâce à la télévision qui a joué le rôle de communication qui est le sien en plus d’être un moyen de désinformation quelquefois, il faut bien le dire, et de distribution de bêtise humaine. Ainsi, les dommages causés par le tsunami ont été connus en quelques heures.
Ce raz-de-marée a été suivi d’un autre tsunami : celui de la compassion. Des millions de dollars ont été recueillis par les agences intergouvernementales et les ONG en charge des secours immédiats qui ont été portés aux rescapés des pays de l’Asie du Sud bordant l’Océan Indien.
A présent, le calme est revenu sur les plages et les grèves où les victimes tentent de récupérer un peu d’espoir de vie entre les ruines de ce qui était leurs villes, leurs villages, leurs maisons, leurs bateaux de pêches, leurs écoles.
L’AMADE Mondiale a, dès le début de ce drame, décidé de consacrer son aide au relèvement des infrastructures indispensables au retour d’une existence normale des enfants encore vivants et qui, demain, devront affronter une vie nouvelle dans une difficulté énorme.
L’urgence ayant été assurée avec une grande efficacité par les agences et associations diverses qui se sont précipitées en Thaïlande, au Sri Lanka et en Indonésie, l’AMADE a choisi de travailler à long terme sur des programmes destinés à donner aux petites filles et petits garçons rescapés du tsunami, l’aide nécessaire à un retour à l’école.
C’est en partenariat avec l’association “Ecoliers du monde” que notre organisation a choisi un des villages les plus déshérités du Sri Lanka, un des pays parmi les plus pauvres du monde. Les habitants ont eu le courage et la douleur de porter respect à leurs morts. Malgré la disparition de 40 médecins dans cette région du Sud-Ouest de l’île, le maximum de soins a été apporté aux blessés graves et légers. Il est donc temps pour l’AMADE de porter aux écoliers sans écoles une aide leur permettant de repartir de l’avant.
C’est à Kalatura, dans les environs de Gallé, durement atteinte par le raz de marée, que se situe l’action de l’AMADE-Ecoliers du Monde.
Déjà, les rares maîtresses et maîtres d’école, encore vivants, s’étaient unis si tôt qu’ils avaient réalisé l’ampleur du désastre et de la destruction de la vingtaine d’écoles des environs. Ils ont rassemblé les enfants valides ainsi que les meubles encore en état convenable : tabourets, bancs, tables… Ils les ont récupérés un peu partout. Il en traînait sous les décombres et jusque dans les arbres ! L’important leur semblait d’occuper les enfants le plus vite et le mieux possible. Des deux dizaines de classes, ils ont fait une seule école. Il leur semblait primordial de chasser les images de l’atroce en remplissant les cerveaux et surtout les cœurs de connaissances. En racontant les cours comme des histoires plutôt qu’en les administrant comme des pensums. En inventant des jeux nouveaux, en tuant les tristes souvenirs pour ne garder que ceux de l’affection filiale et pour évoquer l’avenir, le retour à leur vie normale d’enfants et les métiers qu’ils entreprendront, les familles qu’ils fonderont plus tard… bien plus tard.
Ce sont ces gens-là que l’AMADE aide et aidera le plus profondément possible grâce aux donateurs qui ont déjà montré une grande générosité. Il ne faut pas que cette aide des amis de l’enfance faiblisse.

 

 

Contagions


Les médecins les plus qualifiés ont expliqué, dans leur jargon ou en les vulgarisant, toutes les situations favorables à la contagion de la "lèpre". Inutile de les répéter encore. On peut pourtant y ajouter une voie supplémentaire : le cœur… Oui, on peut attraper la lèpre par le cœur ! La maladie s'installe alors une fois pour toutes dans l'esprit de son témoin. Cette forme de contamination provoque des lésions irréparables. Le difficile et merveilleux métier de reporter favorise une telle contraction même si le bacille ne l'a pas atteint physiquement. Comment regarder, écouter et essayer d'imaginer la vie du lépreux sans être avec lui un prisonnier, même temporaire, de son mal ?
Aujourd'hui, des progrès importants ont été faits et atténuent l'aspect maudit du malade. Mais lorsque l'on a fait un bout de route, près de trois décennies sur des continents et dans des pays où le sort du lépreux, souvent issu de classe sociale pauvre sinon misérable, n'est pas une priorité pour ses dirigeants, on peut témoigner de ce qu'était et est encore en certains points de notre planète le sort des hommes, femmes et enfants touchés par cette maladie.
Mon ami M. Wang, jeune chinois de Hong Kong est un homme affichant des manières dégagées avec un européen et réservées avec ses compatriotes, respectueux, s'ils sont ses aînés, discrètement autoritaire s'ils sont ses employés.
En 1963, il était mon guide et interprète dans l'île et sur le nouveau territoire. J'étais à l'époque en attente d'un visa pour Hanoi et compensais ma frustration en interviewant tous ceux qui offraient un intérêt en cette lointaine période pré "révolution culturelle". Ayant appris qu'il existait une île des lépreux, je brûlais de l'envie professionnelle de la visiter.
- M. Wang, nous partons demain matin à 6 H, rendez-vous à l'embarcadère.
La peur... c'était bien elle. Je pouvais la lire en lettres vertes sous le sourire de commande de mon ami chinois.
- Désolé, je ne pourrai vous accompagner. Un problème familial… vous comprenez ?
Bien sûr, je comprenais ;
- Il n'y a aucun danger, M. Wang, vous ne risquez rien.
- Je sais, je sais, et je regrette de ne pouvoir vous aider, mais ces affaires de famille, n'est ce pas…
Il mentait. Mais suivant l'usage c'était à moi à ne pas le lui faire remarquer afin qu'il garde la face. Je lui rendis son sourire en lui disant avec l'hypocrisie des gens bien élevés que je souhaitais voir ses soucis s'évanouir le plus rapidement possible. Je devais par la suite revoir sur d'autres visages l'expression de frayeur que j'avais lue en un éclair au moment où je prononçais le mot : lèpre.
Visiter l'île où se trouvaient, ségrégués et soignés, les malades était finalement plus simple que je ne l'avais imaginé. Une fois débarqué, une jeune soignante chinoise me servit de traductrice anglo-cantonais et me montra l'endroit ; une sorte de large village-dispensaire où la distribution des soins imposait son rythme au déroulement de la vie quotidienne. Les malades y vivaient dans de petites maisons familiales ou dans des dortoirs suivant qu'ils étaient accompagnés des leurs ou solitaires.
-Ici, nous avons tout ce qu'il nous faut, médecins et infirmières nous soignent bien, nous avons de la nourriture, les autres malades sont nos amis…
L 'homme que j'avais devant moi, la main droite réduite, le visage marqué par la maladie répondait à mes questions en me regardant comme le font les chats, sans s'arrêter véritablement à moi.
Une sorte d'immense lassitude semblait l'habiter.
- C'est dur pour vous de vivre ici?
- Oui…
Il avait envie d'en dire plus.
- Pourquoi ?
- J'ai l'impression d'être deux fois malade. A cause de moi bien sûr, et aussi à cause des autres. En ville, c'est plus facile… tant qu'on ne devine pas mon état.
Beaucoup d'entre eux partagent cette impression devait me confirmer ma guide. La relégation est peut-être pire que la peur ou même le dégoût qu'ils inspirent aux bien-portants.
- Et vous ? Quelle est votre vie ici ?
- Simple, avait-elle répondu. Je travaille pour eux et avec eux. Il y en a qui vont à l'atelier, à l'étude des mères de famille qui sont pareilles aux autres, cela n'a rien d'exceptionnel, à part le nom de la maladie.
En ces années là, Hong Kong et Ko Loon était un des lieux de repos des troupes américaines stationnées au Vietnam. La ville était alors célèbre grâce à ses taxi-girls. Des centaines de filles hantaient les bars et les dancings en monnayant leur charme. Sans doute gagnaient-elles bien plus que celles, toutes aussi jolies, s'étant mises au service de leurs compatriotes tuberculeux, lépreux ou des enfants souffrant de malnutrition.
Je fis part de ma réflexion à la soignante-interprète.
- Peut-être est-ce vrai, me dit-elle, mais si vous alliez affirmer à leurs mères : votre fille est une prostituée, elles répondraient sûrement : ma fille est une sainte. Grâce à elle nous vivons, nous mangeons, et les petits peuvent espérer l'école. Ainsi vous voyez, il n'y a pas de comparaison à faire entre les taxi-girls et nous, les infirmières ; l'important, c'est le don de soi.
En plus de la leçon, elle m'offrit un sourire gracieux où on lisait autant de malice que de tristesse profonde.
Lors de mon dernier voyage à Hong Kong, 26 ans plus tard, l'idée me vint de retourner voir l'île. Plus aucun lépreux ne s'y trouvait, elle avait été transformée en Centre d'éducation pour toxicomanes. Le temps de la ségrégation est fini pour les lépreux, la sensibilisation du public et son éducation ont permis une réinsertion appréciable.
Le reportage m'a amené dans bien d'autres endroits où cette mise à l'écart, n'a jamais existé dans la volonté des familles, des clans, ou des sociétés locales. Sur la péninsule indochinoise, la présence des malades exposant leurs infirmités aux portes des temples et pagodes est courante. L'existence de lépreux dans les couches pauvres de la population est acquise et souvent prise en compassion. Le problème est différent lorsque la maladie se manifeste dans des milieux privilégiés.
Si le traitement n'est pas entrepris assez rapidement dans les bidonvilles, c'est sûrement par ignorance ; chez les nantis des classes aisées, c'est la honte qui freine l'aveu.
- Van est un bon étudiant, il travaille mieux que tous ses compagnons, il ne peut être atteint de "ça'.
Le médecin de mes amis, Dao, avait beau dire et redire combien la contagion était aveugle et ne tenait pas compte des diplômes de ses victimes, ils n'ont jamais admis la situation. Comment était-il possible, en 1970, que leur fils, si bien élevé, soit atteint de ce mal réservé aux coolies et aux mendiants de Saigon ?
Si le jeune homme était atteint dans son corps, ce n'était pas à leurs yeux, une raison pour que la famille soit blessée dans son honneur. Avec la complicité tacite du médecin, peu désireux de salir la réputation de ses "honorables patients" aucune recherche ne fut faite afin de découvrir les causes de l'irruption de la lèpre à l'école des beaux quartiers, fréquentée par Van. L'adolescent fut soigné dans la discrétion et, ni la direction de l'établissement scolaire, ni ses compagnons ne furent prévenus des dangers de contamination. Curieuse dignité prête à sacrifier vie et santé des autres tout en soignant les siens.
Si les lieux communs avaient été à la mode, il y a plusieurs milliers d'années, comme ils le sont aujourd'hui, on aurait sans doute nommé la lèpre : le mal sans frontières. Pourquoi a-t-elle disparu de certaines régions ? Des gens plus savants que le profane que je suis, vous en donneront les raisons et dessineront même une carte de son évolution et de ses passages des mers, déserts et forêts. Sous la forme cynique de la plaisanterie chère aux carabins, un vieux médecin broussard m'a répondu un jour : "S'il n'y en a plus dans certains endroits du monde, c'est parce qu'on les a tués".
Tués ou laissés mourir ?

 

Un éléphant n'est pas une machine


Un éléphant se balançait… Oui ? Eh bien en Asie, il se balance toujours.
Dans ce coin du monde, il existe de grosses bêtes dont on parle beaucoup, mais que l’on voit rarement, voyez le tigre. Par contre, beaucoup de petites bêtes, dont on ne connaît pas les noms exacts, sont perceptibles sinon à l’œil, du moins à la démangeaison que leurs piqûres provoquent - voir le moustique et tous ses « cousins ».
Et pourtant… Si Bangkok est une ville moderne où il faut plus craindre la pollution, les chauffeurs de taxi, les pickpockets et la chaleur humide que les bêtes sauvages, on y rencontre encore et souvent des éléphants.
Personne ne se retourne ni ne se pose une seule question. Rien de plus naturel pour un Thaï que de vivre entre ses traditions millénaires et les avantages polluants de l’âge électronique.
Une des traditions thaïlandaises veut que les enfants en route vers l’adolescence passent en dessous d’un éléphant avant d’atteindre la puberté. Il sera ainsi porteur de chance pour lui-même et automatiquement pour sa famille qui lui a offert cette porte vivante de la fortune.
Il y a, malgré tout, des conditions. Il ne suffit pas, pour les Bangkokois de se rendre au jardin zoologique et de se glisser dans l’enclos des pachydermes pour accomplir le geste séculaire… Non, il faut un éléphant normal, un éléphant venu de la campagne, plus exactement de la forêt où il travaille… sinon, le geste serait une moquerie : un éléphant prisonnier derrière une grille au centre d’une ville n’est plus vraiment un éléphant, il vit dans une situation dite anormale.
D’où viennent donc ces animaux à la fois travailleurs et porte-bonheur ?
La réponse est simple : ils viennent de partout.
Sitôt sortis de l’assemblage peu harmonieux de la capitale Thaï, on peut se rendre dans les entreprises forestières et les découvrir. Ils y servent de tracteurs vivants transportant des troncs d’arbres à la rivière ou à la scierie proche.
Une fois par an, dans la Province de Surin, ils sont réunis en une sorte de grand rallye : le Congrès des Eléphants. Tant d’intellectuels, de fonctionnaires et de penseurs divers organisent des séminaires dans des coins perdus du monde entier. Pourquoi les éléphants de Thaïlande ne se réuniraient-ils pas dans leur propre pays, histoire de faire le point de la situation ?
En dehors de leurs exercices et promenades destinés à améliorer le destin des adolescents, en plus des fêtes de Surin, que font donc ces animaux si nombreux dans ce pays et, surtout, qui s’occupe d’eux ?
On pourrait croire que le personnage joué autrefois par l’acteur indien Sabu, « The elephant boy », fait partie des légendes d’une Asie démodée prélevée au cœur des livres de Pierre Loti ou de Rudyard Kipling.
Pas du tout. De jeunes garçons destinent encore à notre époque toute leur vie à l’élevage, l’éducation et l’entretien des éléphants.
La plupart d’entre eux sont nés dans des villages dont la spécialité est, précisément, de prendre soin de ces animaux depuis leur naissance jusqu’à leur retraite solitaire au cœur de la forêt vierge.
Interviewer l’un de ces jeunes « mahouts » ou cornacs n’est pas chose aisée.
Première raison : ils descendent rarement de leurs éléphants.
Deuxième raison : ils parlent seulement le dialecte de leur région.
Troisième raison : ils préfèrent sourire de toutes leurs dents et dire oui et non en même temps plutôt que de répondre en profondeur à quelque question que ce soit.
- Ne croyez pas qu’ils ne soient pas intéressés par vos demandes, m’assure mon guide et interprète, mais, pour eux, il n’existe pas tellement de questions et de réponses ; ils connaissent seulement leur vie de travail. Elle est dure et routinière. Ils ne voient pas tellement pourquoi vous la trouvez plus intéressante que celle d’un autre paysan thaï.
Il est, en effet, difficile d’expliquer que l’éléphant est un personnage rare, et plus ou moins inconnu, à quelqu’un qui passe sa vie sur le cou de l’animal en question.
- Leur existence est pleine d’éléphants ; ils trouvent tout naturel à leur propos, ils n’ont donc rien à raconter, dit encore mon guide qui, apparemment, préférerait se trouver autre part.
Et notre rêve, alors, doit-il s’écrouler ? N’y a-t-il, malgré tout, pas un peu d’aventure à vivre avec ces mastodontes ? J’insiste donc pour trouver un interlocuteur.
Il se nomme Sarayud. Il a quinze ans. Il est « elephant boy » depuis sa tendre enfance ; moins timide ou moins blasé que ses frères et cousins, il accepte, par interprète interposé, de me raconter un peu de sa vie.
- Ici, dans le nord du pays, nous vivons à la fois dans la montagne et la forêt ; c’est un terrain difficile. Les animaux que nous guidons peuvent tomber quelquefois ou se cogner, rouler le long des coteaux. Le travail est lourd et dangereux, pour eux comme pour nous. L’éléphant doit être bien soigné mais ce n’est pas une machine. C’est un être vivant. Il faut donc qu’il soit en bonne santé et surtout de bonne humeur.
Ah, voilà qui est intéressant ! Sarayud, avec ses yeux brillants et sa tunique tissée à la main, a quelque chose à dire.
- Le principal, dès le petit matin, est de conduire nos animaux au bain, de préférence à la rivière. Ils préfèrent son eau fraîche et claire à celle stagnante et boueuse des étangs. Il faut aussi qu’ils mangent bien, mais pas trop, sinon ils se fatigueront vite. S'ils ne mangent pas assez, ils seront distraits et essayeront de grappiller la verdure au lieu de tirer les troncs de teck en ligne droite. Surtout, il faut qu'ils voient toujours les mêmes têtes autour d'eux, et surtout qu'ils ressentent le calme et la patience de leurs guides.
Vous aimez particulièrement votre éléphant ?

Sarayud me regarde avec curiosité.
- J’aime tout ce qui vit, répond-il. Mais je préfère mes parents et amis. Mes contacts avec l’éléphant sont trop simples pour habiter complètement mon cœur.
Le langage poétique familier aux hommes de la terre que pratique Sarayud correspond admirablement au paysage qui nous entoure, à l’odeur du feu de bois, à celle des fruits tropicaux et au calme de la forêt mouillée.
- Vous n’avez jamais peur ?
- J’ai entendu dire que dans les villes, les voitures, les camions et les gens, tuent plus de personnes que les éléphants dans les forêts. Bien sûr, nous avons quelquefois des animaux malades ou méchants qui provoquent des accidents. D’autres fois, c’est nous qui ne sommes pas prudents. Il arrive aussi que des mahouts soient cruels avec leurs animaux. Aussi, chaque matin, nous prions les esprits, les ancêtres et le Bouddha. Nous sommes sûrs de leur protection.
- Quelle est votre meilleure récompense ?

Sarayud réfléchit puis, brusquement, rit à haute voix :
- Pour moi, le plus gai, c’est l’heure du repas. J’aime bien aussi lorsqu’on nous demande de venir avec les éléphants dans les villages pour participer à des cérémonies, des cortèges, des événements religieux ou, quelquefois, simplement un mariage ; tout cela est très joyeux, il y a beaucoup de monde et ces fêtes nous font oublier que nous vivons loin de nos familles restées au village. La récompense pour l’éléphant, je crois, c’est lorsqu’ils se retrouvent tous ensemble après le travail.
Le visage souriant de Sarayud devient presque grave.
- Lorsque les éléphants retrouvent leurs petits, ils montrent qu’ils ont un cœur presque aussi gros et fort qu’eux. Ils nous donnent une leçon d’amour. Je crois que je voudrais corriger ma première réponse : oui, j’aime les éléphants. Je ne pourrais sûrement pas vivre longtemps loin d’eux.
Sarayud ne gagne pas beaucoup d’argent. Il vit simplement, là où il travaille ; son monde est fait d’arbres et de collines, de senteur de nature et de sueur quotidienne.
Avec ses compagnons, il est l’un des témoins de l‘Asie éternelle.

 

Partenaires oubliés

Mon travail se borne à regarder ces matelas couverts de taches de sang, cette table d’accouchement rouillée. Je me borne à renvoyer dans leurs villages les malades ou les blessés sans avoir pu leur procurer les soins nécessaires à leur état. Je peux à peine apaiser quelques souffrances et constater l’incapacité dans laquelle je suis de pouvoir tenir le serment d’Esculape.

Le Docteur résident de l’Hôpital de Oumé, dans le nord de la Côte d’Ivoire, ne cède pas au cynisme malgré son « manque ». Il rêve de pouvoir prévenir et guérir les endémies et épidémies régnant dans sa région. Privé de moyens financiers, de matériel de technologie, mais inondé de corvées bureaucratiques, le Docteur Koné n’a que sa rage et sa frustration pour remplacer les « soins de santé primaire » préconisés par les agences les plus sérieuses de l’ONU, OMS, UNICEF, etc. L’assistance lui vient de quelques amis ivoiriens, pas bien plus riches que lui, travaillant à Abidjan.
Moustapha est un médecin nomade vivant dans le sud de la Mauritanie. Pendant les grandes sécheresses, il a soigné près de cinquante quatre mille personnes dispersées dans le sable. Il leur a distribué des capsules de vitamine A pour combattre la cécité des enfants. Il a véhiculé, en Jeep et en chameaux, de grandes casseroles. Il les a remplies de produit protéiné pour sauver de la famine ceux qu’il pouvait garder en vie. A lui tout seul, il a été le « secours d’urgence » de toute une partie du Sahel mauritanien. Sa connaissance quasi physique des familles et clans des pasteurs sans troupeaux, dont il était à la fois le fils et le père, a été son arme principale.
Aujourd’hui, à Saigon, rebaptisé Ho Chi Minh Ville, le Docteur Hoa, qui fut médecin de brousse pour les résistants Viêt-congs, a renoncé à son titre de Ministre de la Santé du Gouvernement communiste. Elle se consacre à ses devoirs de pédiatre et de nutritionniste. Elle forme de jeunes médecins vietnamiens dès leur sortie de faculté afin que la théorie fasse place à une motivation profonde. Cela, grâce à une rencontre avec les maladies et les souffrances d’un peuple atteint de sous-nutrition héréditaire. Les jeunes toubibs de cette équipe profitent de leurs visites et séjours dans les endroits les plus reculés du pays, pour éduquer sur le plan sanitaire, non seulement les mères et celles ou ceux s’occupant des enfants, mais aussi les aides-soignants et sages-femmes.
Ces médecins gagnent la valeur d’un dollar par jour. Beaucoup moins qu’un conducteur de cyclo-pousse qui obtient de ses clients un dollar par course.
Au Zaïre, les infirmières qui soignent les sidéens à l’hôpital de Kinshasa voient rarement la couleur de leur salaire. Appelées « mamans » par leurs malades, elles ne les quittent pas, les nourrissent et les consolent.
Ils sont des milliers de par le Tiers-Monde, à se dévouer au-delà de toutes mesures, sans aucune aide extérieure. Personne ne connaît mieux l’environnement culturel et humain que ces femmes et hommes de devoir. Ils sont ignorés de tous, même des agences internationales qui, bien souvent, ne comprennent pas qu’ils sont leurs partenaires les plus naturels, les plus indiqués. Ils peuvent être les plus efficaces sur le terrain, à condition qu’ils soient aidés sur le plan technique et matériel. Ils sont pétris de l’envie de servir les victimes des famines, des guerres ou catastrophes naturelles, mais personne ne pense à leur apporter directement le minimum de moyens auxquels ils aspirent.
Les organisations officielles ne traitent les opérations de secours qu’à travers les gouvernements des pays touchés sans se soucier de sonder la profondeur, et surtout la largeur, du fossé séparant ces médecins d’action, connaissant bien les populations et leurs langues vernaculaires, des bureaucrates bien installés dans les bureaux climatisés des capitales du Tiers-Monde.
En Europe, personne, semble-t-il, ne veut les connaître. On préfère l’image des héros occidentaux, celle du « bon blanc », celle de l’ombre du Docteur Schweitzer, celle du néo-paternalisme, celle de Médecins du Monde ou Sans Frontières, qui, malgré ce titre, insistent pour que l’on sache qu’ils viennent de France, de Hollande ou de Belgique.
Il n’est pas question ici de mépriser ces jeunes docteurs ou d’oublier leur dévouement et leur courage physique lorsqu’ils se rendent là où se présente le danger.
On peut pourtant s’étonner de constater que les équipes médicales de secours d’urgence sont basées en Europe, composées de jeunes gens n’ayant pas la connaissance des milieux dans lesquels ils vont travailler. Ils ignorent dialectes et traditions. Souvent victimes d’un choc, à la fois émotionnel et culturel, ils se font souvent piéger par les aspects politiques locaux qu’ils jugent suivant des critères occidentaux. Il leur faut plusieurs mois pour se trouver à l’aise. Ils se transforment parfois en activistes et s’imaginent en concurrence avec les autres organisations de secours. Ils ne paraissent pas bien estimer le potentiel local représenté par les médecins et les soignants du pays où ils se trouvent. Quelquefois ils regrettent de ne pas avoir le temps de pouvoir « former » des auxiliaires autochtones.
La vérité est que ce sont ces derniers qui devraient être invités à leur apporter l’expérience du terrain. Ce sont eux, les locaux, qui devraient les « former » au dur travail de l’intégration dans des sociétés d’autant plus sensibles et farouches, qu’elles souffrent.
Personne n’est à blâmer, mais peut-être l’heure de la remise en question est-elle arrivée ? Ne serait-il pas temps de diriger les millions consacrés à l’envoi, par delà les mers, de ce personnel et de les utiliser à la création et l’organisation d’équipes locales, régionales et nationales, dans les pays du Tiers-Monde ? Médecins, infirmières et autres travailleurs sociaux, pourraient enfin se dévouer encore mieux, sans frustration. Il ne s’agirait plus d’une aide temporaire mais d’un véritable investissement en l’être humain.
Bien sûr, il faudrait alors renoncer à une publicité coûteuse et une médiatisation frisant quelquefois l’indécence. Les sujets principaux des films, articles, reportages sur les « french doctors » sont presque en totalité dédiés au danger de leurs aventures. Que dirait-on si l’ONU se mettait à produire des kilomètres de films sur ses employés, bureaucrates ou casques bleus, au lieu de les réserver aux victimes des problèmes du sous-développement ?

 

Bonne et sale

Au Vietnam, on l’appelle Tuy Tinh : la déesse translucide, la divinité cristalline, l’eau.

Pour le peuple de ce pays, probablement le plus raffiné, le plus discret, le plus digne et le plus pauvre du Sud-Est Asiatique, elle est le symbole des choses essentielles : la vie puisque la nourriture principale, le riz, y pousse, et la mort, l’errance éternelle également, car bien des vietnamiens de tradition philosophique bouddhiste font disperser leurs cendres sur les eaux des fleuves, rivières et océans. Ainsi, pensent-ils, leur dernier voyage sera celui des torrents, des courants et des tempêtes.

Les quelques gouttes que les femmes sahéliennes arrachent au fond des puisards dans le nord du Sénégal, de la Guinée, du Mali, du Burkina, du Niger et du Tchad, représentent le trésor le plus précieux de leur existence nomade.

Dans les forêts d’Afrique Centrale, dans les jungles de l’Indochine, les sources offrent aux filles et femmes des villages un flot irrégulier, trop évident pendant la mousson, trop flou lors de la saison sèche.

Dans les bureaux des agences d’aide au Tiers-Monde, les administratifs ne savent plus très bien s’ils travaillent pour des entreprises d’assistance au développement ou s’ils sont au service d’une plomberie.

Si l’on veut que les peuples du Tiers-Monde et leurs familles vivent, il faut qu’ils aient accès à l’eau où qu’elle se cache. Les tuyaux, les perforeuses, les sacs de ciment encombrent les hangars et les dépôts. Ensuite, bien installés dans des salles de conférence, confortablement assis derrière des carafes d’eau auxquelles ils ne touchent pas étant donné le goût de chlore du liquide qu’elles contiennent, les experts ont donné le signal.

- De l’eau pour tous, mais qu’elle soit propre et bonne à boire… Bonne ? Voilà la difficulté.
On a porté l’eau là où elle était difficile d’accès et on a épuré celle qui coulait déjà. On n’a pas pu faire pleuvoir ; le Sahel, le Sahara sont restés secs malgré l’aménagement d’un grand nombre de points d’eau, de pompes solaires et d’autres systèmes alliant le progrès aux traditions. Alors ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

Eh bien, dans certains cas, la situation de l’eau est trop claire… les consommateurs ne sont pas convaincus. Ils continuent, à boire l’eau sale, brunâtre, noirâtre, boueuse, sans se soucier d’ouvrir le robinet de la modernité libérant l’eau pure.

- Moi, je préfère l’eau de la rivière que celle de la fontaine, dit un paysan de la forêt camerounaise.

- Mais cette eau sale est dangereuse, elle peut vous tuer.

- Vous me voyez, répond l’homme, je suis vivant, si je suis vivant c’est que mon père était vivant, si mon père était vivant, c’est que mon grand-père était en vie aussi, et ainsi de suite jusqu’aux plus anciens de ma famille. Eh bien, ils ont tous bu cette eau sale ! Alors, votre eau transparente et limpide, c’est bien pour que les femmes y lavent le linge car c’est plus propre. Mais pour boire, l’eau que vous avez inventée n’est pas bonne parce qu’elle ne goûte rien. De l’eau sans goût, ça n’est pas fait pour être bu, seul ce qui a du goût est bon. Notre vieille eau par exemple, quand la terre lui donne le bon goût de la feuille, de la forêt, de la rizière, alors c’est un régal de la boire.

 

Interview de Sheik Hamala Michel SIDIBE
Représentant de « Terre des Hommes »

Tombouctou : appelé communément le bout du monde.

Je ne sais pas si c’est le bout du monde, mais c’est certainement le bout du chemin pour quelques-uns uns ; pour les populations nomades par exemple.

- Michel SIDIBE, vous êtes de ce pays, vous y êtes né, et vous y travaillez pour vos frères et cette immense famille des peuples du Sahel, et plus particulièrement du Mali.
Comment peut-on, lorsqu’on regarde la situation, croire encore à quelque chose, croire à l’avenir, et penser que, pour les enfants nomades, il y a encore un demain ?

- En effet, face à la dégradation du tapis végétal et de l’écosystème, il est difficile, voire impossible, de ne pas se poser la question de l’avenir de l’enfant nomade.
Cet enfant qui hier, grâce à son passé, avait dans son environnement tous les éléments nécessaires à son alimentation, le lait, la viande et les éléments complémentaires qu’il obtenait grâce à la richesse de la faune et de la flore.

Actuellement, avec les sécheresses successives que vivent les populations nomades dans cette zone, nous notons une destruction, une disparition des pâturages traditionnels dont disposaient ces nomades.
Avec cette disparition, se pose le problème de la société traditionnelle nomade. L’émiettement des contrôles traditionnels sur certains pâturages bien particuliers.
La conséquence directe est le choix d’une nouvelle société, car actuellement ils se posent la question de savoir que faire d’eux-mêmes.

Il y a deux réponses. La première vient de ceux qui pensent que ce mouvement de transformation du Sahel est irréversible et que ces populations doivent tenter une sédentarisation.

Une sédentarisation vers les vallées du fleuve pour essayer de profiter des bienfaits que pourrait apporter une vie sédentaire.

Les services sociaux comme la santé, les services scolaires, et également entreprendre des activités autres que le pastoralisme classique.

Par ailleurs, d’autres ne sont pas tout à fait convaincus que ce mouvement du Sahel soit définitif. Ces populations demeurent toujours dans les zones éloignées de la vallée du fleuve et ensuite transhument, ou continuent à nomadiser, mais avec de plus en plus de difficultés car les distances à parcourir deviennent très longues, les problèmes de monture se posent avec la disparition du cheptel, qui devient faible.
Mais ces populations pensent que, dans le passé, il y a eu des cycles de sécheresse qui avaient forcé leurs aïeux à se déplacer sur des distances considérables et que, avec la reconstitution du tapis et du cycle normal, ces populations sont revenues.
Donc, ils pensent qu’il ne faudrait pas vider cette société traditionnelle de son contenu et la transformer en société sédentaire.

Il faudrait sans doute trouver des solutions intermédiaires qui permettraient à ces populations d’avoir des structures légères dans le Sahel, leur permettant d’exploiter de façon plus rationnelle leur environnement, peut-être par des méthodes de réduction des quantités de bétail.

Voilà les deux approches qui existent pour l’instant.

- Encore un Toubab qui vient photographier des vaches mortes. C’est à peu près, je crois, ce que pensent les gens du Sahel lorsqu’ils voient arriver les étrangers et eux, les étrangers, qui voient simplement la sécheresse quand on en parle dans la presse en Europe, ont une grande peur ; ils se disent : de merveilleuses civilisations vont disparaître avec le nomadisme ; pourquoi essaie-t-on de sédentariser des gens qui trouvent leur liberté, leur vie, leur rêve, leur richesse dans le nomadisme ?
Vous-même, vous faites partie de ces ethnies, vous êtes descendant de nomade, est-ce une libération de devenir sédentaire ou, au contraire, est-ce une catastrophe ?

- J’essaierai de vous dire que ce n’est pas un choix pour le nomade à l’heure actuelle, c’est une obligation.
Dans la plupart des cas, le déséquilibre qui existe entre l’homme et son écosystème oblige les pasteurs attachés à l’espace à vouloir se sédentariser. Il ne jouit ni des services sociaux ni de son équilibre d’antan, donc la solution, pour ces populations, se trouve dans la sédentarisation à partir de choix d’emplacement bien précis ; il leur faut un accès à l’eau et à une certaine forme de vie sociale.
Une politique de sédentarisation devrait tenir compte du choix géographique des lieux pour que cette population s’intègre facilement et entreprenne d’autres types d’activités, comme l’agriculture ou le maraîchage.

- Quel est le programme que vous avez en main ?

- Au cours d’une de mes tournées d’évaluation, je me suis rendu compte qu’il y avait une population nomade qui entreprenait d’elle-même la construction de digues pour tenter une semi-sédentarisation. Intrigué, je me suis posé la question de savoir ce qui se passait réellement. Je suis resté avec les populations pour comprendre le processus de leur action.

Les réponses aux questions étaient les suivantes : nous nous sédentarisons pour deux raisons essentielles.
Un groupe insistait sur le fait que leur société s’émiettait, qu’elle n’avait plus la possibilité de contrôler les pâturages traditionnels et qu’elle n’avait plus le pouvoir hiérarchique d’antan de contrôle sur les bergers. Donc, la sédentarisation devenait nécessaire.
L’autre groupe pensait que cela était dû à un phénomène écologique de déséquilibre écologique.
Face à ces analyses, nous avons essayé de mener à bien cette mutation ; c’est ainsi que ces populations de Tienko ont décidé de mettre sur pied un comité villageois de promotion et d’animation. Ce comité avait pour but de recenser tous les problèmes courants en milieu nomade et essayer de les exposer lors des réunions hebdomadaires avec le comité.
Une des questions fréquentes était celle-ci : nous ne sommes pas des agriculteurs, comment voulez-vous que nous cultivions ?

Face à ces interrogations, les populations nomades ont décidé de faire intervenir le village sédentaire, qui est pratiquement le village voisin. Celui-ci a bien voulu participer aux différentes réunions et, avec l’apport de leurs techniques, ils ont pu cultiver du riz dans les mares alluviales du fleuve par le système de l’irrigation par submersion contrôlée.
A ce stade, les paysans sédentaires nous ont fait savoir qu’ils avaient eu des problèmes au niveau de la maîtrise de l’eau.

La demande fut formulée par les paysans de mettre des bâtards d’eau comme ils avaient vu faire à l’époque coloniale, avec un système classique de gestion d’eau à leur portée.

Un bâtard d’eau est un passage que l’on fait entre une digue avec des planches – on ferme cette digue et en ouvrant les planches on peut doser, réguler la quantité d’eau que nous désirons laisser passer dans la plaine.
C’est là que l’UNICEF a bien voulu nous aider à constituer ces bâtards d’eau pour répondre aux exigences du calendrier, car il fallait terminer ces travaux avant la fin du mois de Juin afin que la crue ne rende pas vains les efforts de ces paysans nomades qui entreprenaient une mutation difficile.

- Michel, vous êtes toujours joyeux et optimiste. Or vous avez en permanence sous les yeux le spectacle de ces gens qui quittent le désert, qui s’installent dans les bidonvilles de Tombouctou et qui vont d’un côté à l’autre du Mali sans savoir où ils recevront de l’aide. Comment gardez-vous de l’espoir en vous-même

- Par nature, je suis optimiste et souvent je me dis que, si nous avons réellement envie que cette zone vive, nous y arriverons, parce que nous avons quand même le Niger qui balaie tout le Mali.

Il est sûr qu’à l’heure actuelle, avec les méthodes de maîtrise d’eau qui existent, il faut nécessairement des apports de l’extérieur, des appoints à l’effort quotidien des populations, mais la conviction profonde que j’ai en l’homme me rend optimiste. Je suis persuadé que les gens qui vivent là souhaitent que leurs enfants, demain, vivent ici et continuent à faire vivre cette partie du Mali.

 

Sauver un enfant

Ne dites jamais devant une mère africaine, asiatique, latino-américaine, ou de n’importe quelle autre région dont les enfants ont souffert de sous-nutrition, que les miracles sont des inventions et des légendes. Elles vous riraient au nez en haussant les épaules avec grâce mais peut-être, aussi, un peu de mépris. Ne le dites pas non plus face aux infirmières, médecins aux pieds nus, et docteurs de brousse qui, tous les jours, accomplissent le miracle en question.

***

Il est là, ce petit corps à la peau trop longue et chiffonnée, les yeux glauques, les cheveux pareils à de l’étoupe, le ventre gonflé malgré le manque d’alimentation.
Il est venu du fond de la jungle, de la montagne ou d’un bidonville. D’une manière populaire, on dira : il meurt de faim. En vérité, ce n’est pas exactement le cas. Il est sous-nutrit. Il a mangé, mais rien des aliments qu’il a ingurgités ne l’a nourri. Son système digestif se détruit. Il souffre de Kwashiorkor ou de marasme. Son entourage se disait que, comme il se vidait par la diarrhée, il ne fallait rien lui donner à avaler ni à boire. Il est déshydraté.
Sa mère a marché des kilomètres pour atteindre le centre de santé le plus proche, elle croit qu’il va mourir et a tout essayé pour empêcher ce crime épouvantable de la nature : la mort d’un enfant, d’un bébé, prêté pour quelques heures, quelques semaines, quelques mois seulement à une famille qui déborde de tendresse mais aussi d’ignorance.
Bien entendu, ce n’est qu’aux dernières limites et après avoir usé de tous les remèdes de la tradition, du lavement aux piments à la scarification, que la maman s’est décidée à se rendre au dispensaire le plus proche.

Le tableau est quasi toujours le même. La mère écoute l’infirmier. Pour lui, c’est la routine ; il n’est ni tendre, ni rude, malgré le désespoir de la jeune femme. Il lui dit de s’asseoir. Il plante dans sa main libre un grand récipient. Il y verse un litre d’eau potable. Il y a joute une poignée de sucre et une pincée de sel, et dit à la maman de faire boire le tout à l’enfant à l’aide d’une cuillère en plastique.
Au bout d’une heure ou deux d’ingurgitation lente et pénible, la lumière renaît dans le regard de l’enfant. Sa peau commence à se tendre, son ventre devient souple et se dégonfle un peu. A présent, au lieu de refuser la boisson douce-amère, il a l’air d’en redemander.
Il est sauvé.

Dans un coin d’Afrique sahélienne, là où aucun légume solidement vitaminé ne pousse, des enfants de l’âge de six mois sont menacés de cécité nutritionnelle. En premier lieu, ils perdent la vision crépusculaire. Dès que le soleil se couche, ils de distinguent plus rien. Quelques mois plus tard, ils sont complètement aveugles, les yeux détruits par le manque de Vitamine A dont aucun de leurs aliments ne sont enrichis.

Sur les pistes de sable, le long du Niger, dans les régions arides, des groupes de soignants circulent. Ils visitent les places de villages, les écoles, les campements nomades et les centres de santé. Ils y distribuent la Vitamine A contenue dans des capsules qu’ils pressent dans la bouche des enfants. Ceux-là aussi, seront sauvés de la pire des infirmités : celle qui exclut les enfants de la société pour en faire des mendiants ou des relégués dans le fond des cases.
Cette vaccination, une goutte de Vitamine A à deux reprises par an, et l’enfant gardera ses yeux pour la vie, ils ne lui serviront pas qu’à pleurer le deuil de la lumière et des couleurs.

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Autre injustice de la nature : des milliers de bébés naissent le visage défiguré par une fente labio-palatine, autrement appelée « bec de lièvre ».

Des médecins de tous les jours, apprennent, au Laos, en Birmanie et au Vietnam, la technique chirurgicale permettant d’opérer les petites victimes dès leurs premières années.

Il s’agit d’une seconde naissance. Filles et garçons ne seront plus tenus éloignés des écoles, ils ne seront plus des « anormaux ». Au Laos, c’est à présent la seconde génération de jeunes chirurgiens formés par d’autres élèves, qui procèdent aux opérations.

Dans nos pays confortables, il est évident, étant donné les progrès médicaux, que les « becs de lièvre » soient effacés des frimousses enfantines. Dans le Tiers Monde, c’est une innovation grâce à l’initiative de médecins plasticiens européens, comme le Docteur Christian DUPUIS par exemple, qui procèdent à la formation des jeunes docteurs du sud-est asiatique (Programme « Naître une seconde fois » de l’AMADE Mondiale).

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Il est un cas plus tragique encore, ouvert au miracle : celui de l’enfant du sida.

L’Afrique sera-t-elle bientôt habitée par des orphelins et couverte de tombes d’enfants ?

Au Burundi, des femmes courageuses comme Spès NIHANGAZA, Présidente de l’AMADE Nationale de ce pays, entreprend la lutte. Repérer les enfants, les nourrir, leur offrir une école sans espoir peut-être, mais qui joue l’espérance et la patience en attendant la venue de médicaments qui puissent sauver du sida des centaines, des milliers, des millions d’enfants sur la terre africaine.

Toutes ces actions ingénieuses et courageuses, tiennent du miracle, surtout à notre époque où l’on prône la guerre comme panacée aux problèmes humains. Les miracles ne se produisent pas sans être provoqués. Beaucoup le sont grâce à des Associations comme l’AMADE, créée il y a quarante ans par la Princesse Grace de Monaco. L’AMADE, désireuse de partager sa générosité morale avec tous ceux qui veulent protéger l’ENFANT autour du monde.

 

 

La jeune fille africaine

Marie TOURE-NGOM, spécialiste en promotion féminine, raconte.
Une interview de Jacques DANOIS - Lire

 

 

Terre des hommes… planète du diable !

Un être humain venu du ventre de sa mère peut-il oublier que les petites filles et les jeunes filles sont faites à l’image de sa maman ?

Le viol, la torture, l’irrespect physique et moral pratiqués par ceux que certains nomment des « groupes armés » afin de jouer aux diplomates et de ne vexer personne en leur donnant le nom de leurs ethnies, leurs nationalités, leurs attaches politico-claniques, ces actes qui dépassent la compréhension humaine sont pratiqués tous les jours sur la terre de l’est congolais.

Les médias en parlent peu. De temps à autres, il en est question dans la presse belge où une journaliste-écrivain comme Colette BRACKMAN, auteur de nombreux ouvrages publiés chez Fayard sur la situation de l’ancien Zaïre, n’accepte pas que l’on puisse croire que la guerre congolaise se déroule au rythme du passage des articles dans les publications.

Ce conflit est permanent. Pas d’entractes pour les souffrances et la mort des populations civiles les plus fragiles, les femmes et les jeunes filles. Combien d’entre elles attendent, couchées par terre sur les « barizas », les terrasses de centres de santé improvisés, des vestiges d’hôpitaux détruits par les combats, que l’on examine, puis que l’on opère leur système génital, atrocement déchiré à l’aide de tessons de bouteilles, de bâtons, après avoir subi les viols successifs par des dizaines de « combattants de la liberté » ! Combien sont mortes seules dans la forêt après le passage de ces « diables », comme elles les appellent ? Ils les ont violées bien sûr puis tirées au pistolet entre les jambes. Combien de toutes jeunes filles n’ayant subi que le viol seront rejetées et expulsées par leurs familles ? Combien de maris n’accorderont plus que le rang de servantes indignes à leurs femmes ayant été touchées par les soldats alors qu’eux, les protecteurs, les responsables de la famille, avaient fui lâchement dans la brousse dès l’arrivée des combats ? Ceux qui courageusement sont restés au village pour essayer d’empêcher les exactions ont dû assister aux crimes, aux viols de leurs mères, femmes et filles. Puis ils ont été obligés de remercier les criminels en disant « Dieu vous bénisse ».

Et les enfants ? Eux aussi ont vu ! Tout vu. Mais aussi certains d’entre eux se trouvaient parmi les coupables, les enfants – soldats comme on dit. Une dénomination fausse, car elle donne une espèce de noblesse militaire à ces « rejetons du diable » entraînés dans l’atrocité par leurs aînés.

Des groupes de femmes se sont formés et accomplissent un travail remarquable. Mais comment remonter le courant du désespoir de toutes ces vies perdues d’avance ?

Bientôt les enquêteurs de la Cour Pénale Internationale sont attendus au Kivu. Le viol considéré comme crime de guerre sera le premier objet de leurs investigations.

Le rôle joué par les enfants dans ce drame a bouleversé un auteur africain dénommé Ammadou KOUROUMA. Ce roman raconte la vie d’un enfant–soldat. Le titre « Allah n’est pas obligé ». Son texte a été adapté en pièce de théâtre et monté par Roland MAHAUDEN, Directeur du théâtre de Poche à Bruxelles.

Aujourd’hui, le Ministère Belge des Affaires Etrangères inscrit ce projet dans son programme de promotion de la paix. Résultat : le spectacle part à Kinshasa pour passer le relais à six troupes théâtrales locales afin de propager le message pacifique de cette œuvre. Déjà les acteurs et metteurs en scène congolais y ont injecté musique et danse. Les équipes se répandent en dehors de la capitale pour jouer la pièce « Allah n’est pas obligé » dans tout le bas Congo et le Bandudu.

Le but, en donnant les représentations dans les écoles, est de sensibiliser les congolais au problème, mais aussi de réinsérer des enfants-soldats, sans oublier la prévention de l’enrôlement des jeunes par des groupes armés. Il y a 180.000 enfants combattants à démobiliser. Si le monde pouvait encourager des milliers de petits programmes de ce genre, modestes pour être efficaces, de nombreux pas en avant vers la protection de l’enfant africain pourraient être faits.

 

Et l'adoption ?

La question n’est pas « Est-il facile d’adopter un enfant ? » mais plutôt « Est-il aisé d’être adopté par un enfant ? » Les réponses à ces deux interrogations sont souvent données par des adoptants ou adoptés en crise ayant subi quelques drames d’incompatibilité, problèmes de communication et de méconnaissance des réalités de l’adoption et de leurs refus.

Caroline GODFROID-MARICQ est une femme qui, dans sa tendre enfance, passée dans la tragédie de la guerre vietnamienne, a été une de ces « orphelines de guerre » adoptée par un couple d’occidentaux qui l’ont emmenée vivre sous des cieux plus cléments.

Aujourd’hui, très consciente de son destin, elle se spécialise dans des études sociales et familiales très particulières. Au cœur de son travail : l’adoption, sujet pour lequel elle obtient une maîtrise G.D. à l’Université de Louvain. Plutôt qu’un texte technique sur ce sujet sensible, elle nous offre ici son « témoignage » basé sur des faits et des sentiments humains.


Témoignage d’une adoptée :
« Ma chance c’est ma vie »
par Caroline GODFROID-MARICQ

Ma chance c’est d’avoir des parents qui m’ont acceptée telle que je suis, avec mon passé, ma personnalité. A aucun moment ils n’ont effectué un transfert de leur manque, de leur peur, de leur désir. Ils m’ont offert le monde de la réflexion, de la passion, de la compassion. J’ai découvert mon pays d’origine après avoir découvert mon continent d’origine à travers d’autres pays voisins, à ma façon, à mon rythme. La rencontre avec le Vietnam fut poignante. J’imaginais ma mère, ma sœur ou mon frère dans chaque visage. Mais le fait d’avoir eu une approche préalable avec la culture asiatique dans d’autres pays environnants, m’a aidée à relativiser, à mieux apprécier les différences. C’est ainsi que j’ai compris, que l’adoption m’avait apporté le plus beau cadeau, celui de comprendre très vite que j’appartenais à un monde, à un univers très diversifiés. Je suis donc asiatique avant d’être vietnamienne. Je suis vietnamienne aux quatre coins du monde et de n’importe quelle culture partout. Mes racines font partie de moi, tout simplement. Mon secret de bien être, c’est d’être moi dans n’importe quel pays. De chaque rencontre, de chaque événement, de chaque découverte positive ou négative, de chaque culture, des parcelles de valeurs qui fondent ma vie, j’ai compris ma chance. Depuis mon adoption, j’ai sans cesse refusé les clichés et l’injustice. Je travaille à trouver le juste mot qui ne condamne pas. La juste pensée qui ouvre des portes. Si j’ai une reconnaissance à avoir, c’est celle d’avoir rencontré ces personnes exceptionnelles, que sont mes parents adoptifs.

Mes recherches aujourd’hui consistent à étudier les comportements humains afin d’apporter des réponses aux questions que pose l’adoption. La vie vaut la peine d’être vécue, quels que soient les chemins empruntés. S’il y a une seule raison donnée à la vie, c’est celle de la vivre et non de la détruire. Sur ce simple précepte, j’organise mes pensées et mes énergies avec la conviction de pouvoir dépasser ce que l’adoption m’apportait d’insupportable. J’arrive aujourd’hui à ces différentes réflexions que je développerai : pour évoluer vers un avenir équilibré, tant l’enfant adopté que ses parents adoptifs, doivent se débarrasser des images tronquées que l’adoption véhicule habituellement. Pour réussir, l’adoption doit aussi être « bilatérale ». La démarche doit s’effectuer tant de l’adoptant vers l’adopté, que de l’adopté vers l’adoptant. Ce processus passe aussi obligatoirement pour l’adoptant et l’adopté par le deuil d’un certain nombre de réalités idéalisées et de rêves non réalisables. D’aucune manière une adoption ne pourra être vécue comme une voie de secours, comme un pis-aller à une filiation naturelle. Les parents qui osent s’engager apprendront vite les vertus de l’enrichissement par la différence.


L’une des images tronquées sur l’adoption est celle du « sauvetage » qui donne bonne conscience. L’adoption serait perçue comme la dernière chance pour l’enfant de le sortir d’un passé négatif, d’un pays sous-développé, de la misère, d’une vie sans futur, d’une vie sans enseignement, d’une vie sans amour. L’idée selon laquelle on sauve un enfant d’un passé nécessairement négatif ou douloureux puisque l’enfant n’a pas pu être gardé dans sa famille biologique, l’idée que l’on sauve un pauvre enfant sans avenir issu d’un pays sous-développé,…ces idées là, caricaturales, font en fait peser un poids terrible sur les épaules de l’enfant adopté. Il porte ainsi à vie, une incroyable et insoutenable dette morale. Tout ce qui sera acquis par lui-même ne le sera vraiment que grâce à ses sauveurs. Le poids de cette culpabilité, de ce dû, de cette reconnaissance, peut détruire n’importe quelle personnalité et peut engendrer rage et rébellion. L’adolescence est la période la plus propice pour exprimer ce sentiment d’injustice. Les questions sans réponse peuvent conduire un adolescent vers une méprise de la vie. Sa tristesse, sa rage d’être incompris peuvent oppresser l’adopté tel un oiseau coincé dans une cage trop petite. La clé pour s’en libérer n’est pas facile à trouver et peut dérouter tout bon parent. Derrière l’agressivité ou le négativisme permanent, se cache en fait une demande d’aide. Les réactions violentes sont souvent l’expression d’une demande d’attention mais aussi et en même temps une demande de respect du passé et de l’intimité de l’adopté. Ne pouvant s’en prendre aux parents biologiques ou à d’autres personnes du passé, l’enfant exige beaucoup de ses parents adoptifs. C’est d’eux qu’il attend les bonnes réponses aux questions existentielles qu’il se pose. Mais nul ne sait comment un enfant adopté réagira. Cela dépend de tellement de facteurs : de son tempérament, de sa séparation ou des différentes séparations affectives, des traumatismes inconnus, des maladies… puis de l’entourage de son nouveau quotidien.

 

Au cliché de sauvetage, s’associe celui de l’abandon. L’abandon porte en soi une connotation négative insinuant une condamnation à vie, un sentiment de rejet. L’image stéréotypée récurrente est celle de l’abandon de l’enfant par une fille-mère, immature et non responsable. Comment le fruit de ses entrailles pourrait-il alors être respectable ? Pourtant nul ne peut juger qui que ce soit. Il serait sans doute souhaitable que le terme « abandon » soit remplacé par celui de «séparation de fait ». Ce terme a l’avantage de ne pas proposer de connotation négative de jugement. Il ne fait que constater une situation et épargne des peines inutiles infligées aux adoptés.

Ce qui est déterminant pour le bien être de l’adopté et de l’adoptant, c’est l’accomplissement du deuil d’un certain nombre de réalités idéalisées et de rêves non réalisables. Nous effectuons tous un travail de deuil durant notre vie : lors d’une déception, d’une rupture dans un couple ou en amitié, lors de la mort d’un des grands-parents. Prématurément, l’adopté, lui, doit vivre une expérience que la norme de l’humanité essaye de repousser au plus tard : le deuil de ses parents biologiques. L’affectif aussi puissant qu’il soit ne suffira jamais à guérir certaines blessures. L’adopté navigue entre la peur de trahir ses parents actuels et la trahison de la mémoire de ses parents biologiques. Il est tiraillé par des sentiments balancés, par de véritables conflits de loyauté entre les quatre parents. Il peut être révolté par son statut d’adopté, se sentir impuissant ou coupable d’être heureux. C’est à l’enfant de construire l’histoire de son passé, de ce qu’il peut accepter et refuser. Faire le travail de deuil est émotionnellement très difficile à supporter, et pourtant, il est indispensable à réaliser afin de trouver une paix intérieure. Il serait sans doute plus facile de partir d’une base tangible : celle de la sépulture ou celle de l’identification formelle et vérifiable pour effectuer ce deuil. Pour l’adopté, cette base est malheureusement souvent absente.

Pour les couples stériles ou infertiles, l’adoption n’est pas une solution. Pour ceux-ci, le désir d’un enfant biologique est généralement très éprouvant tant physiquement que psychologiquement. Lorsque ces couples reçoivent le diagnostic annonçant l’impossibilité pour eux de concevoir, c’est souvent un très grand choc. Ils entrent alors dans une autre période éprouvante, celle du deuil de l’enfant biologique. Après avoir franchi une longue période de stress causée par des traitements douloureux, des conflits conjugaux, des déceptions, ces couples devraient prendre le temps de se retrouver, de faire complètement le deuil de l’enfant biologique avant de prendre toute autre décision car la démarche de l’adoption n’est pas non plus sans épreuve. La décision de devenir parent devrait précéder logiquement celle de l’adoption. Une décision qui doit s’effectuer de manière conjointe par l’homme et la femme. Il ne serait pas admissible que le projet d’adoption soit plus soutenu par un seul des conjoints. Cette décision devrait idéalement se prendre dans un climat serein. L’adage est vieux, mais il semble tomber sous le sens : « Ne pas prendre de grande décision en période de crise ». Enfin, si les normes d’âge actuellement imposées pour l’adoption constituent un garde fou contre des dérives, elles peuvent aussi conduire certains candidats à se précipiter et ainsi à prendre des décisions irrationnelles.

L’investissement des parents adoptifs peut parfois les conduire à un militantisme dérangeant. Militer dans des associations, créer des émules, projeter la vidéo relatant les étapes de l’adoption, fêter des dates anniversaires de l’arrivée de l’adoption, imposer lourdement la culture d’origine de l’enfant, imposer des cours de langue, tout cela risque parfois de nuire. A qui ces énergies dépensées sont-elles vraiment destinées ? A l’enfant ou à l’adoptant ? L’adoption n’est pas une mode. Il s’agit avant tout de devenir parent, et dans la mesure du possible, de bons parents. Toutes ces intentions partent certainement d’un bon sentiment, mais elles cachent aussi un malaise. C’est sans doute l’expression inavouée d’un manque de confiance, un doute, une culpabilité ou une peur. Bien que ces sentiments soient humains, ils peuvent engendrer chez l’adopté un rejet de tout ce qui sera en rapport avec son pays d’origine.

Etre parent d’un enfant adopté n’est pas la même chose qu’être parent d’un enfant biologique. Ce n’est ni moins bien, ni meilleur, mais seulement différent. Accepter ce fait, c’est accepter son statut d’adoptant. Ne pas l’accepter serait en quelque sorte effacer le passé de l’enfant, son identité. Cela empêcherait de voir l’enfant comme un être « unique ». Cette différence crée une force qui s’enrichit au contact d’une pluralité culturelle. Le phénomène est similaire lorsqu’un couple se forme. Chacun apporte dans la relation la culture de son passé. Ensemble ils forment une troisième entité, celle du couple. Ceci leur permet de préserver chacun leur identité. L’idée souvent cultivée est celle de la fusion de l’homme et de la femme qui crée une seule entité. Cette démarche conduirait le couple vers une dépersonnalisation. Pour l’adopté, la famille adoptive et lui créent ensemble une nouvelle entité. Il ne s’agit pas d’assimilation mais de la création d’une nouvelle cellule familiale sur la base d’une culture ajoutée. Il serait naïf de croire qu’un enfant devient une nouvelle personne grâce à l'adoption. Non, il ne change ni de peau ni de personnalité. Changer de pays n’est pas une perte d’identité. Au contraire, c’est un apport, un enrichissement pour sa personnalité. Le chemin de l’adopté est fait de rencontres nouvelles. Le parcours de la famille adoptive est similaire. Adoption ne rime pas avec abandon, mais avec adaptation. Chaque adopté vient avec un passé unique faisant de lui un enfant unique, comme d’ailleurs tout autre enfant au monde.

Je clos ces réflexions sur l’adoption en soulignant que personne ne naît avec un diplôme de parent. L’école des futurs parents est celle de leur enfance. C’est sans doute en prenant le temps de réviser son passé que l’on peut résoudre les moments plus difficiles. Bien entendu, parmi les cas d’adoption, certains seront plus difficiles à gérer. Il n’y a pas de recette miracle pour connaître les réactions d’un adopté, mais il y a une alchimie faite de patience, d’écoute, d’adaptation, de persévérance voire d’endurance. L’idéal serait de tailler sur mesure l’éducation affective pour chaque enfant. Offrir à l’enfant le meilleur de soi-même. Ecouter, ne pas juger, répondre aux besoins de l’enfant et non projeter les siens, l’aider à construire son propre sentiment de sécurité, l’accepter tel qu’il est avec son passé et son présent, c’est sans doute cela l’amour parental.

A lire : « Pas de fatalité » - Dossiers d’Aquitaine.

 


Adieu à TINTIN
Lettre d’un vieux « Grand Reporter » à un toujours jeune « Petit Reporter »

Cher Tintin,

Ca y est. Terminé. Fini. Je ne peux plus lire tes aventures, ni celles de ton fidèle Milou. En effet, elles sont réservées aux lecteurs de 7 à 77 ans et je viens de rentrer dans ma 78ème année !

Que faire sinon espérer que ma génération, celle toute nouvelle des « jeunes vieillards », va protester fortement et mondialement contre cette limitation d’âge tout à fait ridicule à notre époque. Bien des vieux ne sont-ils pas au pouvoir de leur vie et de leurs désirs aujourd’hui ? Nous voulons garder l’amitié de Capitaine Haddock et du Professeur Tournesol. Nous voulons encore rire en découvrant la devise du roi de Boldavie « Hier Benik, hier Blyveik » (ici je suis, ici je reste). N’est-elle pas toujours pareille, affichée dans les plans des dictateurs qui règnent encore sur la planète, de préférence là où les gens sont pauvres.

Comme toi, j’ai beaucoup voyagé, carnet de notes, micro et caméras dans les bras. Tu m’avais précédé partout. Dans chaque bric à brac de marché asiatique, dans chaque sourire d’enfant. J’ai revu les deux traits de crayon sur papier blanc que tu avais tracés pour montrer en détail tous ces paysages, ces forêts, ces villes, ces cratères que tu n’avais jamais vus !

Et pourtant, cher confrère, lorsque je marchais sur tes pas imaginaires en Afrique, en Indochine, en Amérique latine ou anglo-saxonne, je me suis aperçu que tu n’avais pas compris l’essentiel. Si les personnages étaient bien dessinés, ce qu’ils disaient ou pensaient n’était PAS « dans la ligne », n’était pas « politiquement correct ».

Non, le « bon blanc » ne devait pas donner la priorité à ce qu’il prêchait aux pauvres colorés assis par terre, un bol de mendiant à la main. Son vrai devoir aurait dû être d’écouter ceux qu’il voulait aider à être eux-mêmes chez eux. Non, les différences de coutumes entre le sud et le nord, l’est et l’ouest ne soulignent pas des infériorités d’un côté seulement. Non, la vie moderne ne peut être considérée comme la seule civilisation valable. Lorsque je revois les « Bons Pères » de ton voyage au Congo, j’entends encore la voix d’un vieux missionnaire en Asie. A Saigon, nous célébrions ses 40 ans d’Indochine. Il avait l’air profondément triste en entendant discours et compliments prononcés avec l’accent chantant des vietnamiens.

- J’ai tout raté, m’a-t-il avoué. J’aurais mieux fait d’aider ces gens-là à être de meilleurs bouddhistes que de les convaincre de devenir des chrétiens tièdes.

Non, Tintin, rien n’est simple lorsque l’on veut secourir l’autre. Car il est le seul à savoir ce dont il a vraiment besoin. Aujourd’hui, heureusement, certains commencent à comprendre que « charité » n’est plus un mot à sens unique. Il devient de plus en plus semblable à « partage ». Tous savent « mettre le pied à l’étrier » mais pour cela, il faut qu’ils possèdent l’étrier en question ! Ciel merci, de nombreuses organisations internationales et non gouvernementales commencent à comprendre que les solutions des problèmes du Tiers-Monde se trouvent au Tiers-Monde, là où les gens en souffrent, et non dans les bureaux et salles de réunions climatisées où siègent des « experts » bien installés pour discuter de la sécheresse. Dans de nombreux pays, les médecins locaux, les infirmières, pourtant mal ou non payés, se dévouent sans hésiter. Les distributions de Vitamine A pour combattre la cécité nutritionnelle et autres visites, les vaccinations, sont entreprises par les gouvernements eux-mêmes, trop souvent accusés de ne se préoccuper que de corruption… Que tout cela est facile à dire ! Sans doute aussi aisé qu’il était pour toi de nous faire rêver à un monde où les bons et les mauvais se voyaient de loin, une époque à laquelle toi, petit reporter du XXème siècle, voyageais pour nous. Mais voilà, Cher Tintin, nous sommes à présent au XXIème siècle et plus rien n’est aussi simple qu’un rêve d’enfant.

A notre époque, il faut des organisations de quelque taille que ce soit, qui travaillent d’elles-mêmes sur place là où se trouvent les gens à aider. Je prends l’exemple de l’AMADE qui, dans plus de 25 pays, possède son siège national. Plus besoin de chercher des jeunes courageux comme toi. Ils sont là en toute connaissance des « choses à faire ». Ceci n’empêche pas que ton exemple a été une joie pour tous.

Adieu Tintin.

 

L’imaginaire au service de l’enfant

Le Bénin est sans doute l’un des pays d’Afrique de l’Ouest dont la civilisation est la plus profonde et riche. Voisin du prestigieux ancien empire Ashanti, le royaume du Dahomey en a été quelque peu l’héritier. Depuis, changée en République Socialiste du Bénin, cette ancienne colonie allemande puis française, a, une fois encore, secoué les épaules pour se débarrasser du communisme tout en remettant au pouvoir le même chef d’état ! « Il ne faut pas tout jeter » affirment les démocrates de ce « nouveau-ancien » pays où l’on célèbre, respecte et craint à la fois le culte de l’église vaudou, les temples des pythons, les tombes des ancêtres portugais creusées dans les chambres des maisons familiales.

Le Bénin et ses artisans aux talents séculaires, les bronzes, les sculptures, les tissus où se découpent en silhouettes les animaux de la vie sauvage, de la forêt et de la savane, ouvert sur l’océan par le petit port de Cotonou, ce pays écoute le monde. Il ne serait pas mauvais qu’à son tour le monde extérieur se mette à l’écoute du Bénin. Mais les différentes transformations qui ont modelé ce pays aujourd’hui ont déformé quelques coutumes qui, au départ, étaient justes et bonnes. Ainsi, la population des zones rurales ayant souvent des familles très nombreuses, il était de tradition d’envoyer un ou deux enfants chez des cousins éloignés vivant dans les centres urbains. Ils devaient être considérés comme intégrés à la famille et recevoir la même attention affectueuse, mais les choses ont mal évolué, les enfants « placés », comme on les nomme, sont devenus des enfants esclaves ! Résultat : ils quittent ceux qui étaient sensés leur servir de pères et mères et deviennent des délinquants, des petits voyous souvent malades, toujours ignorants.

Une Association s’est créée dans le Bénin. Elle s’appelle « Imagirêve ». Il s’agit d’un groupe d’artistes, d’enseignants qui réunissent les garçons et les filles de la rue et leurs demandent de raconter leurs rêves, les histoires qu’ils vivent ou qu’ils aimeraient vivre. Tous ensemble, ils en font des pièces de théâtre, des monologues, des spectacles de contes et des récits où l’imaginaire ouvre la porte à l’espérance après avoir fait sortir la haine, le désespoir et la tristesse de leurs cœurs. Il s’agit d’une lutte contre l’oisiveté, la déperdition scolaire et la délinquance juvénile. L’enfant renaît, il existe à nouveau en lui-même. Les spectacles circulent, passent à la télévision et donnent aux enfants une vie dont les rêves imaginés tels que : « je veux devenir infirmière, je veux être professeur, je veux être une vraie maman » deviendront réalité.

 

 

Irak : destruction massive de l’enfant

L’enfant Irakien n’a pas attendu la guerre pour en être victime. Déjà l’embargo imposé par les Etats Unis au pays de Sadam Hussein avait détruit la santé d’un grand nombre d’entre eux. Malnutrition, manque de soins immédiats avaient fait leur œuvre. Les bombardements, les combats et l’invasion ont accompli le reste.

L’opinion désire savoir qui est l’enfant de l’après-guerre en Irak, quel est son état, quel est son sort. Il est inutile de poser la question à l’un ou l’autre clan actuellement en conflit. Tous vous donneront des réponses politisées, subjectives ou tendancieuses. Malgré les distances imposées aux agences de l’ONU, il n’y a encore que cette organisation mondiale qui puisse nous renseigner.

L’UNICEF n’a pas de représentant sur place, pas de bureaux, mais travaille quand même en collaboration avec le personnel soignant du pays s’étant remis en action ainsi que les enseignants de certaines régions où le calme semble régner.

Quel est l’enfant irakien à qui les ONG devraient apporter le plus de protection ? La réponse à cette question nous est donnée par le porte-parole de l’UNICEF : « Voilà qui n’est pas facile à cerner. Les situations ne sont pas pareilles à Bagdad et Mossoul où se déroulent encore des combats sporadiques ou non et les zones rurales où le calme règne. Tous les enfants ont souffert d’une manière ou d’une autre de ce qui s’est passé. D’abord, il y a eu une sorte de survie sous les premiers trois mois de l’occupation. Comment nourrir tous ces enfants, leurs mères, les loger. Il y avait tant de ruines et d’habitations démolies. Là où il y a eu des combats durs et longs, il y a eu des traumatismes dont ils supportent encore, et sans doute pour longtemps, les conséquences. Les séquelles psychologiques sont très nombreuses. On les soigne à présent par des séances de jeux et de danses pour ceux qui ne sont que légèrement atteints. Cela, l’UNICEF a pu le mettre en place par le système scolaire. Les écoles sont rouvertes depuis septembre, novembre 2003. Il a été demandé aux enseignants de détecter les attitudes et les symptômes dépressifs chez les enfants. Beaucoup ont pu être ainsi récupérés, mais sur 100 enfants traumatisés il en reste au moins 10 qui donnent l’impression d’aller bien mais qui développent en profondeur des troubles à plus long terme. Ces manifestations sont souvent larvées au début, les parents ne s’en rendent pas bien compte, mais avec le temps qui passe, on se rend compte qu’ils ont besoin d’un suivi sévère. Il leur faut une thérapie de « face à face ». Là, nous avons du mal à organiser ces soins quotidiennement à cause du manque de sécurité, de l’absence d’enseignants spécialisés en séances de psychologie. En plus de cela, les parents ont peur d’envoyer les petits à l’école étant donné les événements et les dangers. Il y a donc une espèce de flou qui nous empêche de suivre cela d’une manière rigoureuse. Les soins de base pour les enfants sont pourtant en nette amélioration. Il ne faut pas oublier que l’Irak a toujours possédé un personnel de santé très qualifié, il est toujours là au travail, sous-payé mais courageux. Au niveau de l’accès aux hôpitaux et à la vaccination, tout va mieux et rentre dans l’ordre. Nous n’avons pas de statistiques sur les séquelles de l’impact de l’embargo sur la santé des enfants, mais elles sont flagrantes. Nous sommes à présent dans le processus de la réhabilitation, mais seul le temps nous permettra, ainsi qu’aux ONG, de réaliser des programmes destinés aux enfants. Paradoxalement, si les régions rurales ne sont pas atteintes par les conséquences de la guerre elle-même, bombardements, etc, il y a des régions où règne la malnutrition, conséquence du désordre dans les transports internes. L’accès à l’eau potable est un gros problème. Rien n’a été fait pendant l’embargo ni, bien entendu, pendant l’invasion. Dans les grandes villes, il y a bien sûr les enfants abandonnés, drogués, délinquants : les groupes armés les enrôlent et les poussent vers le terrorisme. Là aussi existe une génération perdue. »

 

Un livre d’homme

Dans la vie, il y a ceux qui regardent passer les bateaux et puis il y a les marins, ceux qui s’arrachent au bien-être de la vie indifférente du spectateur pour participer à l’aventure de la Vie, celle où le drame et la satisfaction de bien faire se mélangent pour atteindre un but.

Jean-Claude DIDELOT est un de ces marins. Il l’est sur tous les plans, tout d’abord parce qu’il a été officier au long cours pendant les premières années de sa vie. C’est ainsi que, sur les bords de la Mer de Chine, il rencontre René PECHARD. Un homme de générosité consacrant sa vie au sauvetage des enfants du Laos. Alors commence un autre grand voyage pour J.C. DIDELOT, celui de la compassion pour les héritiers des guerres, des famines, des épidémies, de l’ignorance : les petits indochinois du Vietnam, Laos, Cambodge.

DIDELOT, habité par le souvenir de René PECHARD qui meurt après avoir fondé avec lui l’Association « Enfants du Mékong », continue aujourd’hui à prendre soin des gens d’Asie en situation difficile, qu’ils soient émigrés en France ou vivant dans leur pays.

J.C. DIDELOT a créé, il y a peu, l’Institut du Fleuve avec lequel l’AMADE travaille à l’établissement d’« Ecoles à Tous Vents » (Programme à long terme de l’AMADE Mondiale) pour les enfants asiatiques si gourmands de savoir. Son livre « Piété Filiale » ne peut être raconté, il doit être lu – mieux que cela, il peut être vécu par le lecteur qui découvrira ce qu’est la véritable aventure humaine.

Piété Filiale - Editions du Jubilé.

 

 

Vietnam : alerte à la pédophilie

A présent, c’est l’argent qui compte avant tout. De l’argent, beaucoup d’argent et par tous les moyens. La vente, ou plutôt la location, des enfants aux pédophiles venus des pays d’Asie, Chine, Japon, etc., comme de l’occident, est l’un de ces moyens. Il y a toujours beaucoup d’enfants qui vivent et travaillent dans la rue, comme pendant la guerre, du temps des américains. Cela fait que la pédophilie augmente de plus en plus.

En ce qui concerne la malnutrition chronique, elle est toujours là. « Je l’ai toujours dit : nous, Vietnamiens, sommes une population sous nutrie depuis des siècles. Nous sommes des « nains gracieux ». Pire que tout, les vaccinations autrefois organisées par le Gouvernement de Hanoi et le Comité « Mères-Enfants » sont devenues payantes, ainsi que tous les soins publics. Je dois le dire, après que le Vietnam ait fait un bond en avant sur le plan social et de la santé, il est en train de faire trois bonds en arrière ! Le centre de nutrition de l’Hôpital Nhi Dong Hai (Hôpital des Enfants) a été fermé. Lorsque je soulève ce problème, on me répond : « la santé communautaire, personne n’en veut ! » L’avenir des enfants du Vietnam n’est pas brillant ! »

Celle qui s’exprime ainsi se nomme le Docteur HOA. Née dans la société bourgeoise de Saigon, elle fait de brillantes études de médecine en France. Elle fréquente les milieux de gauche de l’époque, Picasso et autres célébrités du moment. Rentrée au Vietnam après Dien Bien Phu, elle ne peut supporter le régime pro-américain de Diem. Elle quitte sa famille et part dans la jungle indochinoise rejoindre le mouvement « Vietcong ». Elle travaille au sauvetage des enfants des villages, soigne les enfants blessés. Puis, en 1973, lorsque les américains se retirent du pays déchiré, elle est nommée Ministre de la Santé du 1er Gouvernement communiste du Sud-Vietnam. Elle comprend vite la futilité des conférences en salles climatisées et le régime préférentiel des élites du pays. A nouveau, elle quitte tout et repart dans la brousse soigner les enfants, considérée comme un monument national et une « emm…se ». Elle est crainte et respectée. Mais les dollars et la corruption avancent et sa voix devient de plus en plus faible.

Petit et immense secret, si le Docteur HOA a fait tout ce qu’elle a fait pour les enfants du Vietnam, c’est parce que, lorsqu’elle était dans le maquis révolutionnaire, elle a perdu son seul et unique bébé. Elle ne s’est jamais pardonnée comme femme, médecin et mère de n’avoir pas pu sauver son propre enfant. Alors elle s’est jurée de sauver de la mort, de la maladie et de l’ignorance le maximum de petits vietnamiens. Aujourd’hui, à plus de 70 ans, elle s’occupe des tribus des minorités ethniques dans les environs de Dinh Quan, entre Dalat et Saigon.

« Les femmes montagnardes sont à présent beaucoup plus sûres d’elles. Nous avons organisé des écoles pour les enfants. Je suis contente parce que rien que dans le petit village où je travaille, il y a six gosses qui vont entrer à l’université ! Naturellement, c’est le résultat d’une voie directe. Si elle était passée par les autorités actuelles, jamais rien n’aurait été fait ! Pour le Docteur HOA, en 2004, la révolution continue toujours.


A lire : Moisson Fragile. Les enfants du Docteur HOA – Editions Fayard.

 

 

Dompter la douleur enfantine

« Ce n’est rien, c’est un chagrin d’enfant ! Laissez-le pleurer, il se fait la voix.»… Et Bébé reste seul avec sa souffrance, seul avec son incapacité de communiquer autrement que par les cris, les pleurs et les larmes.

Mais en fait, un chagrin d’enfant peut être un désespoir complet.
La douleur ne sert à rien disent ceux qui la connaissent bien pour avoir laissé énergie et espérance entre ses griffes. Elle est un simple signal d’alarme. « Attention : ici fracture, infection, inflammation, déchirure, etc.. » Après avoir joué ce rôle d’avertisseur, il n’y a en fait aucune raison que la douleur persiste.
L’adulte n ‘éprouve aucune difficulté à repérer l’endroit de son corps où le mal s’est installé, mais l’enfant ? Le Docteur Alain MARTIN LAVAL, chef du Service de Pédiatrie de l’Hôpital Saint Joseph de Marseille, et son équipe utilisent un moyen simple et ludique pour aider les petits à situer le siège de la douleur. Il s’agit d’une poupée, petite et qui ressemble à un « doudou », sur laquelle on peut dessiner.
Plus d’une centaine sont employées en pédiatrie à Saint Joseph afin que les enfants puissent exprimer leurs douleurs. « Ce support a un double intérêt, à la fois pour les petits patients et pour notre personnel. Les enfants de 2 à 5 ans, la tranche d’âge concernée, peuvent indiquer, en dessinant sur la poupée toute blanche, les endroits où ils souffrent. Les soignants ont ainsi un moyen d’expliquer les actes à pratiquer : piqûres, perfusions ou prise de sang. Ils peuvent, en premier lieu, les mimer sur le jouet qui est souriant sous toutes manipulations.
Quand un enfant hurle sans pouvoir s’expliquer, tout est difficile. Il faut être à l’affût, observer ses expressions. Avec les adultes, on peut utiliser une échelle graduée pour permettre d’évaluer le niveau de douleur, ajoute le Docteur Alain MARTIN LAVAL. Ici, avec les moins de 5 ans, j’emploie une échelle avec des visages expressifs, du serein au grognon, mais surtout, il faut savoir que l’enfant a des attitudes qui ne trompent pas. Il sait les transmettre à la poupée guérisseuse !

Si, dans un hôpital pour enfants, vous voyez médecin et infirmière une poupée dans les bras, soyez sûr qu’ils ne jouent pas, il soignent.

 

Enfants Syrie

 

 
 

 

 

 

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